Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Actualité | Aravena : et un musée au Qatar, un ! (04-04-2018)

Un architecte salué et reconnu dans un émirat riche et sulfureux. Un architecte engagé, dit-on dans un émirat aux pratiques obscures, dit-on. Qu’Aravena puisse construire un musée au Qatar selon des coûts «secrets» n’en finit pas d’étonner, aussi superbe soit-il, et de surprendre y compris dans son propre pays, le Chili.

Culture | France | Alejandro Aravena

L’annonce peut surprendre. Alejandro Aravena s’apprête à construire un vaste musée à Doha, un «méga-projet culturel» selon la presse internationale.

Son agence, Elemental, a été désignée lauréate d’un concours original, «sans rendu», en mai 2017.

Un an et demi plus tôt, Alejandro Aravena était couronné d’un Pritzker Prize pour une œuvre séduisante aux accents «sociaux». En 2016, l’architecte était aussi commissaire de la Biennale d’Architecture de Venise, une tribune à même de diffuser son discours «engagé».

Intitulé «Reporting from the front», l’événement faisait de l’architecture une guerre de tranchées. Deux ans plus tard, les nouvelles du front pour Alejandro Aravena sont expédiées depuis... le Qatar ! Voilà donc le bidasse chilien rendu aux Emirats... la fleur au fusil ?

Le Qatar reste en 2018 ce pays qui, selon Amnesty International, viole les droits humains. «Cette année encore, les autorités ont restreint abusivement la liberté d’expression». Du côté des travailleurs migrants «des mesures ont été prises afin d’améliorer les possibilités de recours». Les femmes, quant à elles, continuent de «subir des discriminations dans la législation».

Le journal économique chilien Economía y Negocios s’étonne donc de voir Alejandro Aravenas, cette gloire nationale, sur la trace de stars, à la conquête de l’Emirat. Plus encore dès lors que l’architecte défend, selon ses propres mots, un projet «monumental» et «énorme». «Ce projet sera 10 fois plus grand que le plus grand jamais réalisé par l’agence avec 10 fois plus d’argent… même si cela fait parti de ce qui reste encore confidentiel», dit-il au quotidien chilien.

Claudia Ramírez Friderichsen, auteur de l’article et de l’entretien, interroge en toute logique l’architecte sur les conditions de travail sur le futur «méga-chantier».

En 2014, Zaha Hadid avait été, à ce sujet, vivement interpellée par le Guardian. En deux ans, 500 Indiens et 382 Népalais avaient succombé lors de travaux de préparation de la Coupe du Monde 2022. Voilà qui ne concernait absolument pas l’architecte, puisque, selon elle, aucun accident n’était intervenu sur «son site» à savoir celui du Stade al-Wakrah.

L’engagé Aravena est un peu plus prudent. «En plus du travail de conception, la manière dont serait construit l’édifice était l’un des thèmes qui faisait partie de notre proposition. Quelles seront, par exemple, les conditions de travail des ouvriers ? Avant de remporter le concours, le Qatar a fait, dans le cadre de son plan national 2030, une déclaration des droits du travail et notre proposition tombe dans une politique qui avait déjà été officialisée par ce gouvernement», répond-il.

Ce projet reste quoi qu’il en soit aussi troublant que les accointances d’Elemental avec les grands groupes pétroliers du Chili. Après tout, Alejandro Aravena défend l’architecture «comme un art de la synthèse».

02()_B.jpg

Faudrait-il dans ces circonstances accuser la fondation Hyatt et le prix Pritzker d’un tel dévoiement ? L’architecte s’en défend et prétend conserver une taille d’agence modeste ; «nous préférons travailler des projets plus que d’administrer une agence», explique-t-il.

Elemental poursuit de par le monde plusieurs projets : des laboratoires pour Novartis en Chine, les bureaux de EDP, Energias de Portugal, à Lisbonne ou encore le siège de la BID, Banque Interaméricaine de Développement à Buenos Aires au sein du quartier dit de Villa 31… un lieu où l’urbanisme informel et la pauvreté jouxtent les m² les plus chers de la capitale argentine... bref voilà quelques sièges... sociaux... en guise d'expédient ?

Jean-Philippe Hugron

Réactions

lecriduparpaing | paca | 18-05-2018 à 15:48:00

Super article
Bravo

Nat | Architecte | PARIS | 05-04-2018 à 10:29:00

A chaque fois ce genre d'article me font rire.

Regardons l'origine de nos smartphones, ordinateurs, vêtements, meubles cheap de nos appartements, viandes de nos assiettes, essence de nos voitures, béton de nos immeubles. Notre propre mode de consommation occidental et démocratique exploite les mêmes esclaves.

Marcel toro | Architecte | Sud | 05-04-2018 à 07:40:00

Il s’est donc vendu. Il n’exists plus. C’est non seulement le plus grand musée mais il semble aussi être le plus lourd. Le capitalisme entraine irrévocablement le cynisme. J’aurais du être pritzker, je lui aurais montré. Note il avait déjà construit avec des fonds d’investissèment états-uniens il me semble

Réagir à l'article


Portrait |Qui sont les architectes de Donald Trump ?

Des honoraires impayés ? Des vidéos sulfureuses ? Des interviews réécrites ? Des commandes providentielles ? C'est un peu le programme réservé aux architectes de Donald Trump. Le Courrier...[Lire la suite]




Portrait |La fine équipée de Monica Donati

Le collectif avant tout ! Monica Donati s’empresse de présenter tous ses collaborateurs. Elle évoque même avec enthousiasme un nouveau projet d’association - 300% - qu’elle monte avec Margot-Duclot et Paul...[Lire la suite]


Portrait |Emmanuelle Colboc, comme une feuille délicate sous un rocher

Apposer quelques mots sur l’acte de bâtir. L’ambition est née d’un constat simple ; «Nous parlons d’architecture de façon trop compliquée, ce qui, de fait, l’éloigne du...[Lire la suite]