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Edito | Avec Instagram, l'architecture n'est-elle plus créative ? (11-04-2018)

Quel architecte ne se plaint pas aujourd’hui de clients encombrés de «références» piochées çà et là sur Instagram et compilées sur Pinterest ? Quel architecte ne regrette pas aujourd’hui de voir certains de ses jeunes collaborateurs absorbés par des images qu’ils s’évertuent à copier ? Mais quel architecte ne se félicite pas aussi d’être l’objet d’un «hashtag» façon #moi-je ? Bref, des réseaux sociaux entre dépit, intérêt et crise de l’égo.

France

800 millions d’utilisateurs pour Instagram. 200 millions pour Pinterest. Des milliards d’images… plus de 300 millions par jour ! Un chaton, une fleur, une assiette, des amis, moi-je à la plage, moi-je en week-end et... de l’architecture !

Un champs illimité de bâtiments, de détails, de matériaux… des images volées sur le vif, à peine cadrées… des images volées à leurs auteurs, léchées et travaillées. Tout un chacun, avec son téléphone portable, accède à un flot continu de photographies illustrant quelques histoires révolues mais surtout une actualité abondante.

Les nouveaux projets sont ainsi largement diffusés par leurs architectes mais aussi par d’autres, intéressés de près ou de loin à l’art de bâtir.

Aujourd’hui, de nombreux architectes regrettent cette intrusion de l’image dans la commande. Combien de clients arrivent aujourd’hui avec leurs dossiers Pinterest riches de photographies, celles d’un salon comme ils veulent, d’une cuisine comme ils souhaitent et d’un escalier comme ils désirent. L’architecte ne serait plus, aux yeux de ces clients, un inventeur mais un simple copieur-pasticheur. Triste nouvelle!

Et du côté des architectes ? Les «références» semblent devenir un fléau contemporain : pas un dossier de concours sans quelques images dites de «références» pour rassurer un client sur l’aspect final de son bâtiment. Ce projet sera ainsi comme cet autre là, au Mexique ou comme celui-ci, en Chine… micro-vignettes à l’appui.

Les livres d’architecture mais aussi les revues ont toujours joué ce rôle ; ils véhiculent les modes et se font source d’inspiration. Pour s’en convaincre, ces quelques mots d’André Ravéreau, extraits de son livre 'Du Local à l’universel' : «un jour, Lods m'a confié un programme d'hôtel en Afrique – au Cameroun je crois – où je n'étais jamais allé, et il m'a laissé travailler tout seul, avec un paquet de revues L'architecture d'aujourd'hui pour prendre des idées. Alors, je lui ai fait une architecture bâtarde, moderne, probablement de forme carrée». Instagram et Pinterest ne feraient donc qu’accentuer le phénomène.

Mais la pile de magazines est aujourd’hui au cœur d’un objet à peine épais de 1 cm : un «smartphone». Les images y sont ainsi omniprésentes et la consultation s'opère à toute heure du jour et de la nuit. De l’habitude naît un réflexe et ce comportement finit par envahir la création architecturale qui, de plus en plus, se limite à une triste compilation d’images d’autres projets que l’on tente de singer.

Même celui qui, le plus distant, assure ne pas être influencé par ces images, les absorbe sans le vouloir...et les cas de «plagiats» fleurissent : ces fenêtres ressemblent à celles-ci, ces tours à celles-là et ce bâtiment à ce dernier… 

Acte délibéré ? A l’heure où tout un chacun cherche à s’individualiser, il reste peu probable que la copie soit volontaire. En revanche, l’image occupe l’esprit de façon inconsciente...jusqu’à alimenter un projet à même de paraître trop familier pour certains architectes.

D’autres voient en Instagram ou Pinterest une façon de gonfler l’égo à coup de «like» et de «followers». Certaines agences se montrent particulièrement actives en diffusant des photos de chantier ou de maquettes plutôt séduisantes. Parmi ces agences, quelques-unes prennent le parti de «re-poster» des photos d’ores-et-déjà diffusées ailleurs, prises par d’autres «instagramers» afin de fédérer, sans doute, une communauté de fidèles.

Du Taller de Arquitectura de Ricardo Bofill à OMA, quelques célèbres entités compilent ces images qui offrent un angle de vue différent et parfois inédit qu’un ou plusieurs photographes n’avaient jusqu’à présent pas transmis. 

Bref, outil futile ou utile, instagram diffuse l'architecture... pour le meilleur et pour le pire.

Jean-Philippe Hugron

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