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Visite | Dominique Coulon, pour se passer de mots (1/3) (11-04-2018)

Dominique Coulon n’entonne pas la petite chanson usuelle, celle de la «narration», celle où tout projet cache une «histoire». Pas même il ne livre la sienne, d’histoire. D’un projet l’autre, il conduit quelques visiteurs et usagers qui, ironie, demeurent, eux aussi, sans mots… bref, de l’architecture bouche bée.

Culture | Moselle | Dominique Coulon

L’invitation était alléchante. Deux projets récents et majeurs de Dominique Coulon. Le premier n’est, à l’image, pas le plus séduisant tant il détonne dans l’oeuvre de l’architecte : courbes et sinusoïdes dessinent un plan fluide loin des sculptures anguleuses que l’homme se plaît ordinairement à dessiner.

A Thionville, la médiathèque ne livre ainsi sa magie que sur place. Les photographies ne disent en effet rien de la générosité du lieu ni de l’ampleur de l’espace. S’il s’agit d’une adresse où la culture aide à l’élévation de l’esprit, l’architecture y contribue amplement.

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La démonstration est plus forte encore à Freyming-Merlebach. Sans doute faut-il féliciter une fois encore l’intelligence d’une maîtrise d’ouvrage publique d’offrir au milieu d’une ville sinistrée un espace de culture à ses habitants mais aussi un espace de liberté à un architecte.

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Blanche, l’architecture développée à cette occasion, est simple. Elle est, avant tout, un savant jeu de volumes et de proportions et, à l’intérieur, la frugalité fait la noblesse de l’ensemble. Le plâtre y est notamment laissé nu. Les nuances découvertes lors du chantier intriguaient tant qu’elles ont été préservées. Le budget peinture pouvait alors être détourné pour donner plus d’élégance à ce plâtre, durci et verni jusqu’à hauteur d’homme.

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L’intérieur est, dans sa volumétrie, fastueux. Il y a là de cette architecture qui appartient aux grands équipements culturels. Pourtant, il ne s’agit que d’un «modeste» programme : une salle de spectacles de 700 places.

Budget: 7 millions d'euros HT. Le chiffre est surprenant d'autant plus quand bien des projets de la même espèce se chiffrent quant à eux en dizaines de millions d’euros. Une prouesse.

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Dans cette géométrie expressionniste, Dominique Coulon joue des effets de perspective. Tout est, dit-il, travaillé en maquette et, à ses yeux, le chantier n’est qu’un moment de vérification même si souvent une forêt d’échafaudage encombre la vue et contrarie la perception.

«J’aime les bâtiments qui ont des lectures multiples, ceux où l’on peut se perdre», revendique-t-il. La perte n’est pas celle de celui qui ignore son chemin. L’espace conserve sa logique et les cheminements sont orientés par de judicieuses mises en scène où de vastes baies vitrées ouvrent l'horizon vers le paysage alentour. La perte relève davantage de l'abandon. Chacun s'abandonne dans cette confusion de prismes pour mieux se laisser surprendre.

Et surprise : la salle ! Rubiconde ! Pétulante de couleurs ! Avant même les trois coups de bâton, l’architecture assure, à elle seule, le spectacle.

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Ce théâtre est un «équipement acoustique et scénographique doté d’une cage de scène de 24 mètres de hauteur, d’un gril à +17,00 mètres, d’un faux gril à +19,50 mètres, d’une passerelle de manteau et de deux passerelles de salle. Cet élément technique se développe autour du plateau de scène de 22 x 14 mètres et dispose d’une ouverture de 14 x 9 mètres», note l’architecte.

A cet algèbre correspond une géométrie complexe, fruit pour l’architecte d’une «mise en tension» plus que d’une hiérarchisation. Form follows Coulon.

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Outre cette capacité à définir des volumes selon des proportions parfaites, il faut retenir de ce travail la maîtrise des contraintes techniques et sécuritaires.

Extincteurs, lances à incendie, armoires électriques sont accessibles mais peu visibles. A l’inverse de la plupart des équipements culturels notamment les musées où les circulations deviennent des déversoirs d’édicules techniques, de placards et autres dispositifs sécuritaires, ce théâtre fait la démonstration qu’un équilibre peut être trouvé et qu'une rouge bonbonne peut ne pas être ce fatal nez de clown posé sur un mur, sans considération aucune.

Depuis Strasbourg où il possède ses bureaux, Dominique Coulon imagine ainsi avec ses associés et une vingtaine de collaborateurs de nombreux projets et selon cette même minutie. Sans doute cette recherche admirable mériterait-elle plus d'honneurs... mais pour cela l'agence devrait peut-être se raconter davantage…

Jean-Philippe Hugron

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