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Actualité | Breuer, le beau, le brut...et la bêtise (25-04-2018)

S’il n’y a qu’en France qu’il est possible d’imaginer exposer les livres les plus précieux dans de hautes tours de verre, la plupart des bibliothèques ressemblent à des bunkers. Aussi, une génération d’architectes modernes fit d’un programme culturel l’une des illustrations du brutalisme architectural. Depuis, le goût des livres s’est perdu et la digitalisation des documents rend obsolète ces rugueuses cavernes. En témoigne la bibliothèque centrale d’Atlanta conçue par Marcel Breuer.

Culture | Bâtiments Publics | Etats-Unis | Marcel Breuer

Il y a deux an, d’aucuns évoquaient, avec émotion ou désintérêt, la possible démolition de la bibliothèque centrale d’Atlanta.

L’édifice conçu par Marcel Breuer en 1969 n’a été livré qu’en 1980. Il est son tout dernier projet réalisé ; l’architecte est en effet décédé un an après l’inauguration de l’équipement.

Le succès rencontré par le Whitney Museum qu’il construisit à New York et qu'il acheva en 1966, lui permit d’accéder à de nombreuses commandes ; bien des maîtres d’ouvrage réclamaient, pour leur ville, un projet aussi puissant. Ainsi, Atlanta, pour sa nouvelle bibliothèque, commissionna Marcel Breuer à qui elle remit un programme précis de 275 pages.

L’homme de l’art a imaginé pour cette nouvelle occasion une proposition incarnant cette «lourde légèreté» que les critiques ont souvent saluée ; le béton est aussi un moyen économique de développer des formes sculpturales en plus de répondre à un cahier des charges particulièrement complet.

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La facture est toutefois un peu plus élevée que prévue… et le contrat n’est finalement signé qu’en 1976. Le chantier débute douze mois plus tard. En tout, 25.000 m² pour un million de livres. Théâtre et restaurant sont créés à même la bibliothèque et assurent plus encore la vocation publique de l’adresse.

Les modes passent... et un plafond s’effondre au milieu des années 90. En 2002, les moquettes sont changées…

En 2004, à l’autre bout du pays, à Seattle, Rem Koolhaas livre une nouvelle bibliothèque. Le succès est retentissant. Les généreux espaces de circulation et les vastes salons de lecture placés sous d’imposantes verrières fascinent particulièrement.Voilà l’antithèse d’Atlanta !

En 2010, patatras ! La bibliothèque centrale rejoint dans le plus grand mépris la «World Monuments Watch List of Most Endangered Sites».

Six ans plus tard, le danger pèse davantage encore : la démolition est purement et simplement envisagée. Le 11 avril 2018, contre toute attente, un projet pour la rénovation de l’équipement est présenté. Ses auteurs ? Cooper Carry et Vines Architecture.

Les deux agences prônent un contre-sens : ouvrir les façades pour apporter plus de lumière naturelle à l’intérieur. De quoi faire enrager les défenseurs du patrimoine moderne, DoCoMoMo US en tête. Son directeur, Jack Pyburn, affirmer que cette modification sera très tôt regrettée.

Si l’esthétique du bâtiment éveille la controverse, sa nouvelle programmation aussi. Le site d’information Saporta Report affirme que les «plans de Cooper Carry offrent au secteur privé 5.000 m² des 25.000 m² de la bibliothèque. Des espaces en location sont proposés au rez-de-chaussée et au deuxième étage ; les septième et huitième niveaux, libérés des machineries, seront également disponibles à toute forme d'occupation».

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Si pour l’auteur de l’article la proposition permet d’attirer le public dans les étages les plus élevés, il en va davantage d’une logique économique : la rénovation n’est possible que si l’opération est rentable.

Beaucoup dans ce contexte raillent un projet dont les vertus sont financière mais aussi un simulacre de démocratie participative ; les réunions publiques n'ont, jusqu'à présent réuni que les représentants de l’administration locale… bref, la bibliothèque promet de nouveaux rebondissements tant et si bien que des élus évoquent déjà la possibilité de ne créer, in fine, aucune façades vitrées… de la brutalité politique au brutalisme architectural. 

Jean-Philippe Hugron

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