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Visite | Laurent Goudchaux et la maison de fer (25-04-2018)

Une maison au fond d’une cour ? La maison de verre ? La maison de fer ! Habillée d'acier Corten et d'inox poli miroir, elle est signée Goudchaux Architecte & Associés. Le tout est sobre, finement exécuté. Les références – parfois surprenantes – sont habillement utilisées pour un exercice de style...difficile.

Logement individuel | Corten | France | Goudchaux Architecte et Associés

«Maison d’architecte». L’expression sur une annonce immobilière est gage de qualité. Ici, elle est à prendre au pied de la lettre. Laurent Goudchaux a certes conçu une maison mais il a, avant tout, conçu la sienne.

Sur une parcelle étroite du Ier arrondissement, en fond de cour, Laurent Goudchaux avait établi son agence entre les murs fragiles d’un ancien garage. Une activité croissante ainsi qu’un carnet de commandes bien rempli l’avait amené à imaginer l’extension de la frêle construction. La mairie, face à cette ambition, a fait jouer son droit de veto. Il fallait, dans cet arrondissement peu peuplé du centre de Paris, y réaliser des logements et non une énième adresse tertiaire.

Laurent Goudchaux a donc pris le parti de conserver le site pour y réaliser… sa propre maison mais l’homme de l’art semblait davantage attiré par les vues et l’horizon parisien. Aussi, il n’y avait aucune évidence à venir habiter cette cour de la rue Saint-Honoré.

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«Je connaissais, pour avoir longtemps pratiqué les lieux, sa lumière et sa tranquillité», précise l’architecte. De quoi séduire, surtout à quelques pas de la bruyante place de la Concorde.

Puis, l’opportunité de réaliser un projet pour soi a libéré «toutes les envies personnelles», y compris celles de Bénédicte Goudchaux, artiste-peintre. 60, 70...80 croquis… tous resteront secrets.

La figure d’une maison en fond de parcelle, sous le regard attentif de curieux voisins, pouvait aussi convoquer quelques figures classiques. Parmi elles, la Maison de Verre de Pierre Chareau et Bernard Bijvoet, érigée dans une vaste cour d’immeuble, rue Saint-Guillaume, et habillée de pavés de verre pour préserver l’intimité de ses occupants.

«Je connais cette maison mais ne l’ai jamais étudiée. Je ne l’ai à aucun instant envisagé comme une référence. Ici, le projet s’est imposé davantage dans son rapport à l’environnement proche», dit-il.

L’architecte était aussi son propre client. «Nous travaillons systématiquement à partir d’un dialogue. Une première idée émerge d’un échange puis, après plusieurs versions, nous revenons toujours, d’une façon ou d’une autre, à cette première idée spontanée», assure-t-il. Sauf qu’ici, il n’y avait de conversation possible...qu’avec soi-même. Et, à chaque jour, son idée spontanée…

«Le point de départ de ce projet était de créer un intérieur-extérieur permanent», dit-il. A la recherche de la lumière naturelle, Laurent Goudchaux compose un étage ‘noble’ aux dimensions «haussmanniennes» : 3,3 mètres sous plafond. De larges verrières ouvrent sur un «tableau impressionniste» de verdure. Il fallait cacher un vis-à-vis partagé avec quelques ateliers de maroquinerie.
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Pour obtenir cette hauteur, l’architecte a volontairement comprimé les espaces de nuit situés en rez-de-jardin mais aussi en R+1.

En parcourant cette maison de 240 m², tout un chacun découvre les intérêts de l’architecte pour le design italien, notamment pour Memphis Milano, du moins tant qu’il n’est pas, selon son expression, «flamboyant». Laurent Goudchaux rêve ainsi du Tawaraya...ce tatami-ring de Masanori Umeda. Mais, pour l’heure, faute de place, il collectionne des vases de Gaetano Pesce et d’Ettore Sottsass. Ces références «post-mo» sont palpables dans certains choix esthétiques : du marbre, des menuiseries sombres et une touche de rose pâle.
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L’architecte se défend d’avoir conçu son habitat autour d’un mobilier spécifique. «Cette maison n’est pas organisé autour du meuble. J’ai travaillé pour quelques collectionneurs d’art et aucun ne sacralise l’objet. Les projets que nous avons conçus pour eux n’ont jamais été étudiés autour des œuvres», dit-il.

De fait, il adopte la même démarche et les espaces restent ainsi rationnels autant que leur imbrication.
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Les détails sont, dans cette simplicité, finement étudiés : une rampe de travertin est intégrée au mur de l’escalier, le profil des marches est subtilement dessiné, les persiennes en béton fibré jouent de la masse et de la légèreté…

Si à l’entrée du passage qui conduit à la maison, un panneau indique les ateliers de confection voisins et précise «grande mesure / demi-mesure», il semble que Laurent Goudchaux ait trouvé, quant à lui, à cette adresse, la juste mesure.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

J. LAQUIERE | CENTRE | 17-05-2018 à 09:22:00

Fantastique réalisation !! une île au coeur de Paris... Un architecte qui a des idées... et surtout un énorme talent !!!! BRAVO et encore BRAVO

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