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Livre | Les Punaises de la culture (03-05-2018)

Qui sont-elles ? Grandes punaises, petites punaises, sous-punaises et punaises-en-chef, vices punaises et punaises moyennes. Elénore Schöffer présente (et illustre) aux éditions Riveneuve* un texte inédit de Nicolas Schöffer «pour un contre pouvoir de l’art». Plus que jamais d’actualité, ces quelques pages marquent aussi le «jubilé de mai 68».

France

«Ce petit livre est une bombe», prévient Eléonore Schöffer. Il contient quelques aphorismes, une longue chronologie mais surtout un texte inédit ‘Les Punaises de la culture’.

«C’est à la fin du mois d’août 1985, de ‘vacances’ passées en Hongrie dans sa maison natale de Kalocsa, que Nicolas Schöffer a dicté ce texte dans le magnétophone. Le jour même de son départ pour Paris, Nicolas Schöffer éprouvait le premier signe avant coureur de l’attaque qui devait le rendre hémiplégique pendant sept ans avant de quitter ce monde», précise sa femme dans une note datée de 1999.

C’est un pamphlet que Nicolas Schöffer a livré à son enregistreur. «Ce que j’écris sera-t-il publié ? Je crains que ce ne soit pas facile», lui confiait-il.

02()_B.jpgIl aura fallu trente-trois ans pour que ce texte soit rendu public. Son contenu ? Une dénonciation.

Célébré dans les années 60, couronné en 1968 du Grand Prix de la Biennale de Venise, Nicolas Schöffer a progressivement disparu. Son œuvre cybernétique n’en était pas moins forte ; avec les années, le rythme de ses recherches était même allé croissant. Pourquoi dès lors cette absence de postérité ?

Retranchées derrière une couverture noire que des lettres rouges animent, ces quelques pages livrent la manière dont un système culturel broie la créativité d’artistes. Nicolas Schöffer ne règle cependant aucun compte ad hominem. Il préfère davantage dénoncer «les punaises», ces «personnes incapables de créer quoi que ce soit, qui pénètre en force dans l’intimité de ces [artistes]».

«Au lieu de les contempler dévotement, [les punaises] s’approprient leur production et vont même plus loin : [elles] s’imposent de façon impérative, à leur place, non seulement pour déterminer la valeur de leur action, mais aussi pour décider de ce qu’ils doivent faire», poursuit-il.

Critiques, commissaires d’exposition, directeurs de musée, marchands, galeristes… les voilà, toutes ces punaises.

«C’est ainsi que s’établit, depuis pas mal de temps, un cercle vicieux qui tourne autour de cette absurdité que l’on appelle ‘marché de l’art’, dans lequel ces ‘Seigneurs de la Parole et de l’Ecriture’ décrètent qui sont les artistes [et] ce qu’ils doivent faire», regrette-t-il

L’omniprésence de ces figures incontournables a d’ailleurs conduit Nicolas Schöffer sur le chemin de cette «conviction naïve» d’avoir à plaire aux punaises. Cependant l’artiste avait le désir de formuler lui-même ses propres théories pour qu’aucuns autres ne viennent déverser son babil abscons et forger les plus terribles contresens.

«J’avais le malheur de faire des incursions dans leur champ d’activité en donnant des conférences, en écrivant des bouquins**… tout cela était très mal vu, car un artiste n’a pas le droit d’avoir une opinion sur ce qu’il fait», précise Nicolas Schöffer. L’artiste raille ainsi ce verbiage des «papes» de l’art fait d'«expressions inouïes» mais aussi d’un «charabia fantastiquement clair et confus à la fois».

C’est ainsi un système, dans son ensemble, qu’il dénonce, celui qui, du moins, l’a progressivement écarté. Nicolas Schöffer ne la nomme jamais, mais l’institution qu’il cible est vraisemblablement le Centre Georges Pompidou.

Nicolas Schöffer est de cette génération qui a fait émerger Beaubourg mais Beaubourg l’a vertement oublié, préférant de loin un Tinguely avec ses machines de brics et de brocs… Des choix ont été fait au plus haut niveau pour écarter le nom de Nicolas Schöffer, ce nom qui faisait «voir rouge» même chez les «sous-punaises».

Voilà donc des propos qui, trente trois ans plus tard, conservent leur actualité et peut-être même existe-t-il aussi des punaises de l’architecture…

«Aujourd’hui les punaises grouillent. Elles ont créé un nouveau paysage pseudo artistique fondé sur les prix et sur les marques d’entreprises dont la puissance régente même les choix de la place publique. Il est temps de réagir !», conclut Eléonore Schöffer... et de lire!

*Les Punaises de la Culture, Nicolas Schöffer, Editions Riveneuve, 42 pages, 8 euros
https://www.riveneuve.com/catalogue/les-punaises-de-la-culture-pour-un-contre-pouvoir-de-lart/

** La plupart des livres de Nicolas Schöffer sont disponibles en format numérique : https://www.naimaunlimited.com/

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