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Exposition | Nicolas Schöffer, rétrospective d'un prospectiviste (03-05-2018)

Un événement. Après des années sans qu’aucune institution française ne daigne lui rendre hommage, le LAM, à Villeneuve-d’Asq consacre jusqu’au 20 mai 2018 une importante exposition à Nicolas Schöffer. Si l’initiative réjouit particulièrement, son angle scolaire peut laisser un tantinet dubitatif...

France

Michel Ragon en faisait l’une des figures majeures du futur urbain et architectural. Nicolas Schöffer était avec Claude Parent, Paul Maymont ou Yona Friedman, celui qui inventait l’avenir de la ville, bref un «prospectiviste».

«La société ne subira plus son destin, elle le créera», écrivait Nicolas Schöffer. Ses propositions pour une ville «cybernétique» dominée par de hautes constructions, entre autres, l’avaient conduit à UP7 où il enseigna quelques années durant.

02()_S.jpgA la même époque, l’artiste développait la TLC, la Tour Lumière Cybernétique de La Défense. Les plans avaient été finement préparés et un site avait même été identifié à Nanterre ; le choc pétrolier a toutefois ruiné l’espoir de voir la vertigineuse structure et son ballet lumineux dominer le skyline parisien.

Cet échec retentissant annonce l’oubli dans lequel va sombrer Nicolas Schöffer. Les choix opérés par les «punaises de la culture» (à ce sujet lire l'article : Les Punaises de la culture) que sont commissaires, galeristes, marchands et critiques, l’écartent progressivement de la scène artistique.

En 2018, le LAM ressuscite l’oeuvre de l’oubli. Fantastique ! Le célèbre musée du Nord a sélectionné quelques œuvres précieusement conservées par Eléonore Schöffer pour les présenter le temps d’une exposition.

L’événement permet alors de (re)découvrir l’oeuvre de Nicolas Schöffer. En mouvement ! Spatiodynamisme, luminodynamisme et chronodynamisme en son et lumière : un régal.

Le tout est présenté de façon chronologique. Le propos est un peu universitaire pour ne pas dire scolaire. L’oeuvre, après une heure de déambulation, semble classée, cataloguée… achevée.

03()_S.jpg

Si l’artiste est mort en 1992, son œuvre reste une véritable ouverture, un chemin vers l’immatérialité. Jamais l’exposition ne prend soin d’évoquer cet objectif préférant s’appesantir sur l’objet. L’oeuvre de Nicolas Schöffer ne devrait pourtant pas être l’occasion d’un fétichisme outre-mesure. Il en irait d’un contre-sens car l’oeuvre repose davantage sur l’effet que sur l’objet.

Et pour cause, le vœu de l’artiste était «de réduire au minimum le rôle de l’objet intermédiaire». «L’objet ne présente aucun intérêt à mes yeux, je cherche à m’en débarrasser, à le supprimer, pour n’en conserver que l’ombre et le miroitement...», affirmait-il. Ses sculptures sont en inox poli miroir et reflètent leur environnement ; elles sont les simples supports de dispositifs lumineux et sonores qui dispensent dans leur mouvement la véritable œuvre d’art.

Par conséquent, le travail de Nicolas Schöffer n’est pas un travail «matériel»… encore moins un travail «marchand». Rares sont les sculptures à être d’ailleurs proposées sur le marché de l’art.

Pour Eléonore Schöffer qui aurait pu «vendre» et «marchander» cette oeuvre, cette question importe car il en va du respect de son mari mais aussi de la cohérence de son œuvre qu’une dispersion rendrait incompréhensible.

Fort de cette richesse et habité par cette philosophie, exposer Nicolas Schöffer est un exercice difficile d'autant plus que la tentation de tout commissaire est de vénérer l’objet… Le LAM, malheureusement, cède aux sirènes du fétiche. Les sculptures, derrière leur garde-fou, se réduisent à de simples totems abstraits.

04(@NSchofferAdagp)_S.jpgL’effort chronologique consenti pour présenter ces objets donne un ordre à la réflexion. Toutefois le «temps» devait, lui aussi, être manipulé avec plus de subtilité car il est cette «matière» que Nicolas Schöffer aimait travailler.

«L’art est et doit être prospectif d’une manière permanente. Quand l’art cesse d’être prospectif, il devient redondant, folklorique ou commercial», notait-il. Et au LAM, l’art cesse d’être prospectif….au nom de la retrospection.

Pour l’exposition, l’ensemble des œuvres a été néanmoins adapté, selon la volonté de Nicolas Schöffer, aux technologies actuelles. L’artiste vénézuélien Santiago Torres s’est appliqué à la fine restauration des sculptures. Pourquoi alors, dans ces circonstances, le LAM ne poursuit-il pas le mouvement lancé par Nicolas Schöffer ? Pourquoi ne donne-t-il pas à l’œuvre toute l’actualité qu’elle mérite ?

En effet, avec plusieurs décennies d’avance, l’homme, dans son art, avait préfiguré l’époque actuelle, celle faite de capteurs et d’ordinateurs capables de réagir selon leur environnement. Et une Tour Lumière Cybernétique serait aujourd’hui tout aussi audacieuse qu’il y a cinquante ans…

Jean-Philippe Hugron


Nota bene : la plupart des livres de Nicolas Schöffer sont disponibles en format numérique : https://www.naimaunlimited.com/

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