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Actualité | Paul Chemetov et l'oeil du microscope (03-05-2018)

Une agitation… une lutte épileptique… bref une situation qui déborde de mouvements. Pour ou contre. Contre ou pour. Le tout se déroule dans la plus grande cacophonie en étant toutefois couvert par cette lancinante berceuse où les éléments de langage triomphent pour rimer d’une strophe à l’autre. En résumé, il n’y a qu’incohérence et bêtise. Paul Chemetov ne s’y trompe pas.

France | Paul Chemetov

Un village de l’Indre. Saint-Benoît-du-Sault. Maire, préfet et ABF ont récemment acté la démolition de quinze logements sociaux en parfait état. Construits il y a à peine 32 ans, ils ont été conçus par Paul Chemetov.

Consterné, l’architecte voit dans cette situation le symbole de la «bêtise». «Cette histoire microscopique est un microscope permettant d’observer ce qui se passe, aujourd’hui, en France», dit-il.

«La destruction de quinze logements dans un bourg de 650 habitants équivaut en effet à démolir, dans l’instant, un million de logements en France», s’étonne-t-il, calculatrice à la main.

Fantaisiste, cet ordre de grandeur interpelle toutefois quant à la «perte colossale» que représente cette décision pour une «petite communauté». D’autres chiffres parlent d’eux-même : 300.000 euros, le coût de la démolition ; 2 millions d’euros, le prix du bâti ainsi anéanti.

«Cette destruction ampute le budget de l’ANRU. L’ANRU n’a de sens que pour démolir l’inhabitable en vue de penser l’habitable. Ici, il n’y avait pour argument que celui de donner de l’air à un bourg qui n’en manque pas», souligne l’architecte.

Voilà donc, dans l’indifférence, la destruction de valeurs immobilières et, plus avant, d’une architecture au seul nom de la respiration.

Le sujet est d’autant plus étonnant que de nombreuses voix s’époumonent depuis longtemps pour dénoncer la crise du logements en France, celle-là que doit, entre autre, régler la controversée loi ELAN. «Construire plus vite et moins cher… j’ai déjà entendu cela dans les années 60», glisse Paul Chemetov face aux objectifs fixés par le gouvernement.

«Aucun système n’est vertueux ; il aurait été repris et utilisé depuis longtemps, poursuit-il. Mais construire n’est très certainement pas aligner les m². La première maison est celle de la culture. Une maison sans un angle, sans un matériau, sans une couleur est un appauvrissement de la vie et de l’imaginaire», dit-il.

Paul Chemetov le reconnaît volontiers : «cela fait beaucoup de grandes phrases». Aussi, il faut «faire» et, par là même, «questionner le sens des choses».

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La loi ELAN ? Elle n’est pas, pour l’architecte, le premier signal. «La mise à mal des concours existe déjà depuis 2011 et la loi Warsmann», assure-t-il.

En revanche, ce qui heurte davantage l’homme de l’art est, par exemple, l’absence symptomatique des mots ‘architecte’ ou ‘architecture’ dans l’étude d’impact sur la loi ELAN. A ce constat, d’aucuns pourraient également regretter l’absence de ces mêmes mots au sein de rapport Borloo sur les banlieues françaises. L’art de bâtir est ainsi officiellement oublié.

«Qu’est ce qu’un logement social ?, reprend Paul Chemetov. Parle-t-on d’ailleurs d’un frigo social ? d’une voiture sociale ? La question devrait être aujourd’hui ‘comment loger les gens ?’. La techno-bureaucratie est un système opaque à la vie de millions de Français qui vivent en banlieue, certes, mais aussi dans des villes moyennes ou dans des bourgs. Par conséquent, nous devons tout faire pour que le logement ne soit pas considéré comme une simple marchandise», souligne-t-il.

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Pendant ce temps, le babillage mondain laisse entendre de belles formules sur la réinvention, le réemploi, la revitalisation… re...re...re… et par la même occasion ne s’émeut pas d’une lointaine démolition pourtant révélatrice d’un état d'esprit contemporain.

Bref, au microscope, avec Paul Chemetov, haro sur la bêtise !

Jean-Philippe Hugron

A consulter : https://www.grandeouche-saintbenoit.com/

Réactions

hgarcia | 16-05-2018 à 13:18:00

On vous sent desabuses, l'un comme l'autre, mais il reste une petite flamme en cette derniere phrase : haro sur la betise ! La, c'est un sujet...
Merci pour cet article. meme si la demolition a deja commence, il faut parler encore et encore. On en viendrait a croire que c'est plutot à M. Chemetov de s'excuser d'avoir construire plutot qu'a ces services de l'Etat de s'expliquer enfin (DRAC de la région Centre Val de Loire et ABF de l'Indre) ! Alors oui il faut reflechir, essayer, comprendre.... Haro sur la betise quoi !

Mathilde | Retraitee fonction publique | Normandie | 15-05-2018 à 22:55:00

C'est lamentable Restons vigilents,
Souvenons nous de J.PREVERT ET du groupe octobre :
Le propre ďe la connerie c' est qu'elle insiste!

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