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Global Award 2018 | A l'école de Marta Maccaglia (16-05-2018)

«L’histoire de Marta est un roman d’apprentissage», note les associés de l’agence équatorienne Al Borde. Marta Maccaglia est une jeune femme, italienne de nationalité, péruvienne de coeur. Les hasards et circonstances de la vie l’ont conduite à créer à Perené une association, ‘Semillas’, et à poursuivre une mission… d’architecte !

Global Award | Education |

Les bancs de la Sapienza à Rome la conduisaient vraisemblablement vers la muséologie. Puis l’envie de voir ailleurs l’amène à quitter l’Italie pour l’Espagne. Elle travaille deux ans, à Barcelone, chez Carlos Ferrater.

L’heure du service civil sonne pour Marta Maccaglia qui décide de s’engager dans une ONG. «Je suis arrivée au Pérou. J’y ai découvert une Lima formelle et une autre Lima, informelle», raconte-t-elle.

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«J’ai découvert la stratification sociale», poursuit-elle. Au Pérou, chaque catégorie de ménage, selon ses revenus, reçoit pour dénomination une lettre : A, B, C, D ou E.

Cet alphabet trouve sa traduction physique dans la géographie urbaine. Pour s’expliquer, Marta Maccaglia n’hésite pas à présenter quelques photographies parlantes. «Face à cette situation, où, nous autres, architectes, devons-nous travailler ? Comment participer à cette ville ?», telles étaient les  premières interrogations d’une jeune Italienne fraîchement débarquée.

«J’étais sensée être institutrice pendant un an. J’avais des enfants. J’avais un terrain. Je n’avais pas d’école. La religieuse qui m’avait accueillie affirmait que la providence m’avait conduite à elle. A ses yeux, je devais construire cette école. Ensemble, nous avons réussi à réunir 10.000 $», se souvient-elle.

A l’époque, Marta Maccaglia n’avait jamais fait de chantier. Elle se débrouille et réalise une modeste construction.

Forte de cette expérience, elle poursuit avec quelques ONG sa réflexion sur les équipements scolaires. Le Pérou développe alors un programme où les typologies ne varient guère qu’elles soient pour la montagne ou la forêt.

«Dans ces circonstances, quelle est la place de l’architecte ?», continue-t-elle de s’interroger. L’Amazonie lui offre alors un autre territoire d’apprentissage, notamment de petites localités perdues dans la jungle.

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«Ce type de projet a beaucoup d’impact. J’ai très vite compris qu’une école est le seul équipement public d’une communauté. Elle est aussi un lieu de réunion», explique-t-elle.

Alors que tout coûte plus cher dans la forêt, elle imagine un travail coopératif. «Nous profitons des ressources locales, du bois, mais aussi de la main d’oeuvre», souligne-t-elle.

Il faut toutefois un brin d’ingéniosité et Marta Maccaglia fait preuvre d’intelligence. En effet, elle développe des projets malicieux où les murs se transforment en table, où les tables referment des ouvertures et où les fenêtres deviennent des auvents. «Il faut aussi transformer l’école en salle commune», sourit-elle.

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L’architecture développée est rudimentaire. Elle n’en est pas moins esthétique. «L’être humain a besoin d’émotion pour apprendre. Il faut émouvoir les enfants d’autant plus que l’éducation, au Pérou, se fonde sur l’obéissance plus que sur la liberté», affirme-t-elle.

Ce parcours d’une architecte que rien ne prédestinait à vivre de-ci de-là dans les paysages multiples et variés du Pérou laisse admiratif autant que son enseignement : «Il me semble, pour conclure, que nous pouvons faire beaucoup avec peu de moyens à condition que nous puissions coopérer et collaborer avec les populations locales, en utilisant leur sagesse et en faisant une architecture de bon sens. Les projets caritatifs autant que les formes d’assistanats ne sont pas une solution», assure-t-elle.

Jean-Philippe Hugron

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