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Venise 2018 | A Venise, le Venezuela, les yeux écarquillés (30-05-2018)

«Caracas, la ville rebelle». Le thème du Pavillon Vénézuélien semble séduisant. La capitale du pays vibre au rythme des manifestations politiques ; en 2017, elles réunissaient tous les opposants de Nicolás Maduro dans les rues caraquègnes. Toutefois, à Venise, c’est la voix officielle qui parle et, de Caracas, on ne montre sur les murs qu’une autre ville rebelle.

Venezuela

Le Pavillon Vénézuélien est l’oeuvre de Carlo Scarpa. Il est un passage obligé pour qui parcourt les Giardini.

Il est depuis plusieurs Biennales en cours de restauration. Les équipes vénézuéliennes qui animent le pavillon sont sans cesse fières de montrer les progrès réalisés d’une année sur l’autre.

En 2018, le chantier bat encore son plein ; la biennale d’architecture oblige cependant à repousser les travaux à la fin de l’événement. Pour l’heure, une exposition présente «Caracas, la ville rebelle».

L’intitulé peut interpeller et réveiller le souvenir de manifestations politiques récentes. En regard du thème souhaitée par Yvonne Farrell et Shelley McNamara, Freespace, «l’espace libre» se teinte ici d’une dimension politique absente de nombreux pavillons.

Quelle est alors cette Caracas rebelle ? «Nous sommes en rébellion contre l’ennemie historique : l’empire !», affirme Oscar Sotillo Meneses, vice ministre de l’identité et la diversité culturelle, au Courrier de l’Architecte.

L’homme se dit ici, à Venise, «pour accompagner politiquement» le pavillon. Le commissariat a été, quant à lui, confié à un architecte, Nelson Rodriguez, ex-vice ministre de l’habitat.

«Nous présentons trois projets qui illustrent la manière dont Caracas incarne la lutte entre une logique révolutionnaire et une logique capitaliste», reprend Oscar Sotillo Meneses.

Les trois «espaces libres» utilisées pour la démonstration sont l’avenue Bolivar de Sabana Grande, Le parc Simón Bolívar, à La Carlota, et le parc Hugo Chávez, à La Rinconada.

«L’avenue Bolívar, au centre de Caracas, a été le lieu des grands discours de Chávez», rappelle l’homme politique. Des aménagements urbains, trois musées et des logements sociaux y sont depuis quelques années réalisés : «nous voulons démocratiser le sol», répète-t-il à l’envi.

Le parc Simón Bolívar a été, quant à lui, imaginé à l’ouest de la ville, dans un quartier de «classe moyenne voire de classe supérieure, anti-chaviste», souligne Oscar Sotillo Meneses. Cet espace vert a été imaginé en lieu et place d’un ancien aérodrome. «C’était une base militaire qui était devenue avec les années un lieu de protestation. Nous voulons désormais pacifier cet endroit», dit-il. Et pour ce faire : planter des arbres (qui cache la forêt). 

Aux yeux du vice-ministre de l’identité et de la diversité culturelle, «Caracas est ainsi la seule ville au monde où l’espace libre croit de façon considérable».

Nelson Rodriguez évoque même des chiffres : la ville serait passée en quelques années de 1,4m² à 2,8m² d’espaces verts par personne. Pour expliquer cette évolution, il se retranche volontiers derrière le «droit à la ville» d’Henri Lefebvre. «Nous voulons réinventer cette théorie pour permettre l’accès de tous au service public», dit-il.

Il évoque aussi son métier d’architecte avec parcimonie. Nelson Rodriguez est avant tout enseignant. Il affirme que «la ville ne doit pas être une question de spécialiste ou d’élite». Pour lui, la «rébellion» est contre «le pouvoir hégémonique».

«Je ne suis pas un architecte qui affirme comment chacun doit vivre. Je suis davantage celui qui accompagne le processus de conception», dit-il. «La ville doit être pensée selon un projet participatif».

Quant au rôle politique de l’architecte, il ne l’élude pas. «Tu ne peux pas être apolitique», affirme-il. Au même titre, sans doute, qu’un Pavillon Vénézuélien à la Biennale de Venise...

Jean-Philippe Hugron

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