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Venise 2018 | L'Estonie et quelques petits riens (13-06-2018)

Difficile de trouver le Pavillon Estonien. Une flèche curieusement placée n’indique clairement que le ciel… fallait-il aller tout droit ? Tourner ? Faire demi-tour ? Bref, l’église Santa Maria Ausiliatrice qui accueille l’exposition du pays balte fait l’objet d’une enquête de troquet en boutique…

France

«Weak Monument». Dans la langue de Molière : «Faible Monument». La proposition est étrange, d’autant plus qu’un récent «revival» signe la redécouverte des lieux de mémoire soviétoïdes, des constructions héroïques situées dans les républiques d’Asie Centrale, aux Balkans et chez la mère des mères : la grande et sainte Russie !

Pas une semaine sans qu’une photographie publiée dans une revue ou sur Internet ne présente, dans sa superbe ruine, un morceau de bravoure, une sculpture imposante et démonstrative glorifiant tel héros, tel génie, tel cosmonaute, telle victoire…

Alors un «monument faible» aux confins de l’Estonie, quoi de plus séduisant aujourd’hui ?

Sur place, après maints détours dans les ruelles de Venise, le visiteur ne découvre qu’un mur de parpaings érigé dans une mignonnette chapelle baroque. L’autel est alors caché par l’imposante et vertigineuse muraille de béton…

Arrive alors, en mémoire, le thème de la Biennale : Freespace. L’espace libre a été pour l’Allemagne l’occasion de revisiter le mur de Berlin, pour le Brésil d’imaginer des murs d’air, pour le Mexique de renouveler le «muralisme»…et pour l’Estonie d’ériger une falaise de béton dans une église… bizarre biennale…

Appelé à l’aide, Tadeáš Říha, co-commissaire*, se prête à quelques explications. «Comment l’architecture peut-elle avoir un sens politique aujourd’hui ?», s’interroge-t-il.

«Le renouveau des monuments est avant tout politique», poursuit-il. Certes. Mais qu’en est-il de cette paroi de béton élevée en plein cœur d’une église à Venise ?

«C’est le piédestal d’un monument classique», explique-t-il au Courrier de l’Architecte. Face à une moue à peine esquissée, le commissaire reprend : «C’est aussi un écran, un panneau…».

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Devant le mur, quelques pavés et un banc esquisse un espace public… freespace, sans doute… «Nous n’avons en Estonie que quelques monuments, de petites statues… des sculptures qui sont soit contestées soit ignorées», reprend-il.

Le léger sourcillage de son interlocuteur le conduit vers une toute autre piste : «Nous présentons dans cette exposition huit situations différentes», dit-il.

Des situations, d'accord, mais des situations «faibles»! «Nous sommes un petit pays. Nous n’avons que peu d’argent. Aussi nous ne faisons que de petits projets et... de petits projets bon marché», renchérit-il.

«Cette faiblesse est donc celle des budgets», répète-t-il à l’envi. «Nous présentons dans cette exposition des architectures ordinaires que nous estimons être des monuments tant elles ont un sens politique», affirme-t-il.

Un escalier sert alors la démonstration. L’enmarchement est ancien, il relie deux quartiers de Tallin. «Il a servi, lors de manifestations marquant la fin de l’Union Soviétique, d’amphithéâtre sinon de tribune. C’est une véritable scène urbaine… un monument faible !», s’enthousiasme-t-il.

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D’autres escaliers encore ! Une maquette présente des cages toutes en pierre au sein de logements sociaux en bois. Le dispositif imaginé au début du XXe siècle permettait d’éviter la propagation des incendies : «weak monument !», clame Tadeáš Říha.

Et ce morceau de bitume, par terre ? «C’est un morceau de rue à Tallin. Un groupe d’activistes a obtenu avec peu de moyen un surplus de bitume pour rendre, depuis la chaussée, le trottoir accessible. C’est un dispositif particulièrement simple qui permet de n’exclure personne, c’est un acte politique fort, c’est, en somme,…un monument !», conclut-il.

Plus qu’un monument «faible», l’Estonie érige, à Venise, un mur mais, très certainement, avec la meilleure volonté, un monument au bon sens…

Jean-Philippe Hugron

*avec Laura Linsi et Roland Reemaa

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