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Actualité | Paul Andreu mourra une deuxième fois (17-10-2018)

De la brutalité de l'annonce au brutalisme des formes. Il y a quelques jours encore, Paul Andreu prenait la pose, à Beaubourg, aux côtés de Tadao Ando. Sa disparition le 11 octobre 2018 surprend donc. La triste annonce, avec ses échos hagiographiques et nécrologiques, fait cependant oublier la vulnérabilité d’une œuvre que personne n’ose dénoncer.

France | Paul Andreu

Rappeler Roissy 1. Redire (maladroitement) le Terminal 2E. Mentionner Pékin. Rappeler les livres. Exhumer médailles et titres. Pas un article ou presque ne s’émancipe de la page wikipédia et du communiqué de presse délivré par le Ministère de la Culture magistralement ponctué d’un éternel poncif : «Avec [la] disparition [de Paul Andreu] l’architecture française dans le monde perd l’un de ses plus grands acteurs et représentants».

Alors que nous croisions il y a quelques temps celui qui travaillait seul – ou presque* – à ses projets chinois, Paul Andreu nous confiait son désarroi : l’aéroport Charles de Gaulle serait menacé dans son architecture.

Et pour cause, un vandalisme à tâtons grignote dans la plus grande lenteur et, par conséquent, dans l’indifférence généralisée, un édifice pour le moins remarquable. Ici une publicité. Là un panneau. Plus loin, un guichet, une boutique, un «pop up store».

En imaginant Roissy 1 – qui n’est d’ailleurs pas estampillé d’un (inutile) label XXe siècle – Paul Andreu avait conçu une expérience stimulante qu’un revival brutaliste expose sous les projecteurs. A l’heure où bon nombre de publications s’enthousiasment pour les formes architecturales faites de béton brut, Roissy semble plus que jamais d'actualité. 

L’aérogare présente aussi des atours avant-gardistes que seuls le centre de la TWA de Saarinen à JFK et le thème building LAX de William Pereira and Charles Luckman pourraient éclipser. Mais Roissy 1 est bel et bien, à l’instar de ces deux réalisations, cet autre souvenir du futur, une architecture façon «googies» aux allures de soucoupe volante.

Pour s'en convaincre, il suffit de parcourir ces tubes en verre qui s’entrecroisent et qui laissent voir, au loin, d'autres passagers emportés sur des tapis roulants ou encore d'arpenter ces longs tunnels passant sous les pistes pour rejoindre les «satellites». Eux aussi éveillent un imaginaire de science-fiction que magnifiait autrefois un jingle «électronique» composé à la demande de Paul Andreu par Bernard Parmegiani.

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Toutefois, depuis ce temps, le voyage est devenu une «expérience shopping» avec bar à huîtres et vitrine Balenciaga. Dans ce contexte, la rotonde retro-futuriste semble trop exiguë pour accueillir ce tapage mercantile.

Prendre l’avion n’est donc plus aujourd’hui cette odyssée futuriste rêvée par Paul Andreu mais une pathétique déambulation dans un «aéro-mall» aux flagrances de m&ms, aux bonbons goût Chanel no5. Bref, le toblerone coule à flots dans les bagages et la mémoire serait bien embêtée de différencier aujourd’hui l’aéroport de Londres de celui d’Amsterdam ou de Moscou.

Si l’architecture de Paul Andreu n’était pas située, elle avait un sens de l’extraordinaire qui la localisait sur la carte des équipements aéroportuaires. Il serait difficile d’en dire autant des extensions récentes de Paris-Orly et de Roissy-Charles de Gaulle et de leurs attributs génériques, cubo-cubiques, tout en verre.

Et que dire du futur Terminal 4 dont les images commencent à fuiter de-ci de-là ? Le projet retenu, intitulé Space Invader fait déjà, selon ses détracteurs, la part belle aux surfaces commerciales au détriment même de l’efficacité. Les plus farouches opposants évoquent déjà «des difficultés pénalisantes concernant la ponctualité des avions, tout en provoquant une surconsommation de carburant».

Bref, au triste décès de Paul Andreu, se mêle la mort lente de ses projets. Et que dira alors le Ministère de cette autre disparition vraisemblablement inéluctable ?

Jean-Philippe Hugron

*avec sa secrétaire, au sein de son agence bicéphale et avec l’appui inconditionnel de Richez & Associés.

Réactions

Boubis | Architecte | PACA | 22-10-2018 à 21:47:00

je voudrais juste dire un grand merci à JP Hougron pour la pertinence de ses articles en général. C'est encore le cas dans cet article sur Paul Andreu.
Et encore merci.
M. D.

Add | 19-10-2018 à 05:44:00

Paul Andreu a laissé des traces indélébiles à travers le monde par le biais de différentes conceptions architecturales de près d’une vingtaine d’aéroports mais également d’autres infrastructures spectaculaires comme le majestueux Grand Théâtre national de Pékin ou encore le Grand Théâtre de Jinan. www.avis-de-deces.com/deces-celebrites/2326/Paul-Andreu

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