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Edito | ... la trame mène-t-elle vraiment à tout !? (17-10-2018)

La rigueur de la modernité et l’ode barbare à la trame laissent désormais plus que perplexe. En ces temps de sécheresse architecturale soufflée depuis la Suisse et la Belgique, il est nécessaire de s’hydrater et même une source louis-philipparde arrive à désaltérer. En effet, comment ne pas rester extatique à l’Opéra de Versailles face au plus grand décor de théâtre du XIXe siècle jamais conservé ? Et comment, ensuite, ne pas s’interroger ???

France

La trame peut être élégante. Elle peut servir un sentiment de grandeur… voire… de monumentalité. Elle contre-balance volontiers l’excès formaliste des années précédentes et le «wow factor».

Mais d’une décade à l’autre, le sens du merveilleux semble à jamais perdu. Certains, dans ces circonstances, se plaisent à redorer l’ornement. L’initiative verse parfois dans le tic anecdotique et, au pire, engendre une architecture falbala.

D’une biennale à l’autre, d’aucuns évoquent l’efficacité, le programme, l’histoire, la morale… free-space… reporting from the front… Autant de mots pour lever bientôt les yeux au ciel.

Sur le chemin de Versailles, l’esprit ne se rend donc même pluscompte qu’il est éperdument assoiffée. En revanche, une fois sur place, qui plus est, assis dans l’Opéra Royal ouvert à la visite dans le cadre de l’exposition Louis Philippe, il réalise qu’un sentiment ne l’a pas habité depuis longtemps.

En effet, assis dans un confortable fauteuil de velours bleu, outre l’architecture de Gabriel, il observe un décor de théâtre comme s’il n’en avait jamais vu. Et pour cause, sur scène, c’est un décor ancien, du XIXe siècle, le plus grand dit-on, qui est présenté.

Au dire du directeur technique de l’Opéra Royal, Jean-Paul Gousset, il s’agit là d’un témoignage unique au monde.

En effet, ces décors ont été retrouvés «par hasard», à Compiègne, dans «un magma de gravats et de pigeons morts». «Au XIXe siècle, les décors n’étaient pas conservés mais vendus au prix des matériaux. Celui-ci a tout simplement été oublié», explique-t-il.

Ces éléments en décomposition ont été ramenés à Versailles pour être d’abord authentifiés. Un numéro d’inventaire patiemment retrouvé faire correspondre ces vestiges au décor de théâtre érigé lors des fêtes données à l’occasion de l’inauguration en 1837 des galeries historiques dédiés «à toutes les gloires de la France».

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Il représente officiellement un «palais de marbre rehaussé d’or». Dessiné par Pierre-Luc-Charles Cicéri, décorateur de l’opéra de Paris, il illustre le projet que le Roi des Français entend alors exécuter de l’autre côté du château, dans l’aile du midi, à savoir la Galerie des Batailles.

Cependant, le décor restauré était incomplet ; il manquait, entre autres, sa toile de fond. Pour l’exposition, cet ensemble ornemental a dûment été complété et restitué. A cet effet, Antoine Fontaine, peintre-décorateur, a été invité à concevoir, à partir des descriptions de l’inventaire, une composition harmonieuse. Le tout devait être, qui plus est, réalisé selon «les gestes de l’artiste».

Sur place, impossible de deviner ce qui relève de l’un ou de l’autre tant l’art et la manière se sont accordés avec le passé.

In fine, observer ce décor que Victor Hugo, Alexandre Dumas ou encore Eugène Delacroix ont pu admirer alors qu’ils comptaient parmi les invités réunis lors de l’inauguration, éblouit… 

Mais bon sang… que du Louis-Philippe puisse un jour émerveiller… 

La trame mène donc vraiment à tout ! Zut alors ! 

Jean-Philippe Hugron

PS : Un deuxième décor est présenté à Trianon dans le petit théâtre de la Reine... Trame ou pas, à voir aussi jusqu'au 3 février 2019 mais attention, de décor de l'Opéra sera quant à lui visible jusqu'au 4 novembre 2018 uniquement.  

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