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Présentation | Bernard Desmoulin, une photo de mariage (17-10-2018)

Le Pavillon de l’Arsenal, à Paris, faisait, le 13 septembre dernier, salle comble. A l’affiche ? Bernard Desmoulin. Seul en scène, il présentait devant étudiants et confrères son approche exemplaire qu’il illustrait plus volontiers encore par l’actualité de son agence marquée par l’inauguration récente du bâtiment d’accueil du Musée de Cluny. Une célébration.

Culture | France | Bernard Desmoulin

Avant d’entrer dans le vif d’une explication technique, Bernard Desmoulin se plaît à évoquer ses références. «Quelle que soit la conférence, je commence toujours par la villa Malaparte, un objet banal qui parle, avant tout, de la relation à son environnement. Ce petit objet, soi-disant mal construit, semble avoir dessiné le paysage», débute-t-il comme pour évoquer le pouvoir de l’architecture.

«Aussi, je déteste le mot intégration, reprend-t-il. Je cherche néanmoins à faire de l’architecture comme j’imagine une amitié. Pour cela, j’invoque une courtoisie à l’égard de ce qui existe».

A ses yeux, le contraire serait un tableau de Chirico où «les objets semblent toujours éloignés les uns des autres». «Ces toiles montrent un chaos où l’esthétique des parties n’a plus d’importance», regrette-t-il.

Aussi, il revendique «un travail de couture et de lien, de rapport à l’autre»… de quoi fustiger un siècle moderne, le XXe, celui de sa formation, un temps «les théories avaient une importance énorme». «Du passé faisons table rase ? Du passé faisons table ouverte !», clame-t-il.

De cette disposition, Bernard Desmoulin s’est sans cesse trouvé sur les traces du passé : les ruines d’une abbaye en Bourgogne, les murs d’une maison porfirienne à Mexico ou encore ceux d’une demeure Napoléon III à Montreuil.

L’omniprésence de l’Histoire invite à la recherche de l’atemporalité. Pour l’architecte, seule la matérialité marque positivement les époques. «Les choses vieillissent mal dès lors que les formes ne font plus sens», affirme-t-il.

De fait, sa méthode de travail est simple : «penser un positionnement entre présence et effacement et montrer sa modernité». Pour s’en convaincre, il évoque Edgar Allan Poe chez qui «la beauté vient de ce qui est classique et de ce qui est insolite».

Alors, boulevard Saint-Michel, il fallait le fantôme d’une ruine, un Belphégor en cape de bronze… du moins un «bâtiment qui puisse traverser des vestiges romains et un appareillage du XIXe siècle», dit-il.

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«Il était évident, à mes yeux, de reproduire le pli des toitures. Nous n’avons pas étudié d’autres solutions. Nous cherchions à trouver le bâtiment qui perturberait le moins l’existant», poursuit-il. Cependant, plus que la géométrie du projet, sa matérialité «inquiète» l’architecte.

«Au concours, nous ne connaissions pas la matière. Notre proposition montrait seulement que nous cherchions une connivence. Personnellement, je ne voulais pas, une nouvelle fois, mettre en oeuvre du Corten», sourit-il. 

«Nous avions simplement quelques intuitions. En d’autres termes, nous savions ce que nous ne voulions pas sans savoir ce que nous voulions exactement», dit-il. La recherche d’une matérialité devenait alors pour l’agence «un travail aventureux avec une ou plusieurs entreprises».

Parallèlement, alors que les études se précisaient, la structure se révélait incapable de supporter un poids trop lourd. Le bronze, rêvé le temps d'un instant, est remisé. Dans ces conditions, à La mémoire d'exhumer les souvenirs d’une ambassade. Française à Varsovie, elle a été conçue par Bernard Zehrfuss et ses façades imaginées par Jean Prouvé sont en fonte d’aluminium. «Le matériau présente une épaisseur, il est léger et se montre économiquement intéressant», résume Bernard Desmoulin qui justifie ainsi son choix.

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L’aventureuse relation avec les industriels pouvait donc débuter. «Nous en avons rencontré un. Son objectif ? La perfection. Nous cherchions pour notre part ce qui pouvait être hasardeux et aléatoire. Face à la ruine, nous voulions un matériau qui semble avoir les cheveux blancs. Malgré cela, il semblait gêné par notre demande d’imperfection. Tous les échantillons qu’il nous présentait étaient lisses, parfaits… alors que nous espérions un relief dont nous étions incapables de dessiner les contours», raconte-t-il.

In fine, le matériau, avant d’être poli et traité, montre, en sortant du four, de séduisantes irrégularités. Voilà la solution ! Des panneaux de dimensions variées ont été ainsi produits puis ils ont été mis en œuvre selon un calepinage «savant».

A l’intérieur, tout relève également d’une habile imbrication. «Nous avons refait 25...30 fois les plans. Tout se jouait au centimètre près ; nous avions besoin d’espace non pas pour bouger mais pour cadrer les vues», dit-il.

Chaque ouverte est l’occasion d’une composition et, à travers les vitres, se dessine un tableau urbain relevé de vestiges romains. Robert des ruines ? Bernard des ruines !

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Ce modeste bâtiment se fait l'écho d’une agréable connivence entre les époques tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. De cette union équilibrée, l’ensemble disparate paraît le plus heureux, aussi heureux, en tout cas, que peut l’être une photo de mariage.

Jean-Philippe Hugron

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