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Visite | Alfonso Femia et la séduction lente (24-10-2018)

Désormais à la tête d’une agence portant son nom, Alfonso Femia se partage entre Paris, Gênes et Milan. Son dernier projet est, dans les environs de Parme, une démonstration. Plus encore, il porte les germes d’une approche que le maître d’oeuvre résume par «architecture et sentiment» et qu’il souhaite dorénavant défendre lors de ses prochaines conférences.

Bâtiments Publics | Italie | Alfonso Femia

«Parler de beauté doit être normal», lance Alfonso Femia. Si le propos est encore tabou en France, il est, dans des contrées cisalpines, plus que bienvenu.

«Nous voulons également mettre le sentiment au coeur de nos propositions. Cet exercice ne réclame pas un geste architectural mais de donner une valeur à certains éléments du projet», affirme-t-il.

Pour Dallara, fabricant automobile, l’homme de l’art a imaginé un ensemble clair et lisible. Sentimental ? De prime abord, l’édifice accueillant musée et centre de formation n’en impose pas. Il n’y a là aucun «effet wow» et pour cause, il n’y a pas de «geste». Dont acte.

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En arrivant, le visiteur ne s’émeut pas plus d’une façade qu’il croyait, de loin, être en bois puis il pénètre à l’intérieur du bâtiment après être passé sous une large rampe dorée et avoir contemplé trois étranges cônes féériques. L’enthousiasme gagne à mesure des pas.

«Le cahier des charges nous conduisait à créer d’un côté une boîte fermée pour le musée et, de l’autre, une boîte ouverte pour la formation. Ce n’était pas une réponse architecturale appropriée. Il fallait mettre en scène un bâtiment, un paysage mais aussi Dallara et, plus largement, tout un territoire», explique Alfonso Femia.

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De toutes parts, les ouvertures sont généreuses et les collines alentour s’offrent au regard. La répartition des espaces est aussi immédiatement intelligible. Alfonso Femia évoque, à ce sujet, le concours avec amusement : «membre du jury, un ingénieur qui ne parlait vraisemblablement pas le langage de l’architecture se montrait peu réactif. Pour mieux lui expliquer nos intentions, nous lui avons présenté une maquette démontable. C’est une fois décomposé que le plan lui a semblé particulièrement clair», se souvient-il.

D’aucuns peuvent alors entendre que le projet est, avant tout, une collection de formes et d’espaces harmonieusement disposés. «Cônes et trapèze laissaient néanmoins un espace vide que le cercle nous permettait d’embrasser en plus d’offrir une réaction positive face à ces espaces laissés en négatif», souligne Alfonso Femia. En d’autres termes, l’architecte évoque des interstices ou des espaces résiduels qui jamais n’apparaissent comme tels à l’ombre d’une rampe courbe ingénieusement tracée.

L’espace d’exposition occupe ce dispositif architectural tout en rondeur mais aussi en pente. Les voitures s’y succèdent comme sur une ligne de départ. Les salles de formation, quant à elles, occupent les fameux cônes. Rondes, elles ne sont éclairées que par un oculus sommital. Il y a dans cette organisation une forme de solennité voire de sacralité et, en lieu de classe, Alfonso Femia semble avoir donné corps à de véritables chapelles.

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L’architecte s’amuse de la comparaison. «Je souhaitais donner une importance au moment de la formation», dit-il. Et de fait, sans aucun doute, jouer subtilement des sentiments.

Pour émouvoir davantage, Alfonso Femia travaille peaux et aspérités. Son mot d’ordre ? «Donner de l’identité aux matières».

Ce projet est l’occasion de poursuivre ses réflexions sur la céramique d’ores et déjà mise en œuvre à Rome ou à Asnières dans des projets de bureaux ou de logements. Il était aussi l’opportunité de façonner plus avant le béton.

La façade arrière, face aux hangars de l’entreprise, fait montre d’une rudesse qu’un motif un doigt anecdotique tente d’assouplir. «C’est une solution simple qui cherche à faire écho au langage de la fabrique», prévient-il.

C’était cependant pour l’architecte le moyen de «relancer» la technique du panneau préfabriqué, laquelle «s’est perdue en Italie» voire est devenue synonyme «d’absence de qualité».

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«Tout est né d’un échange avec un industriel à l’issue d’une conférence. Ensemble, nous avons visité des unités de production puis nous avons monté un projet de recherche et développement. Ce travail commun portait sur la mise au point d’une réponse technique et économique préfabriquée», explique-t-il. Résultat ? «Une façade à 260 euros le m², fournie et posée», s’exclame le stratège.

Pour Alfonso Femia, les architectes «perdent souvent le contact avec la matière» or, selon lui, «l’architecture est un engagement la matière ne doit pas être une ligne comptable dans un tableau Excel», elle est, tout bonnement, un «travail» essentiel pour la réussite du projet.

Aujourd’hui, l’agence ne cesse l’exploration sur ces questions et, aux Etats-Unis, elle promet déjà la réalisation de maisons à partir d’éléments en fibre de carbone.

Dans les environs de Parme, en tout cas, Alfonso Femia illustre ses positions par une architecture qui se laisse aprécier non pas dans l'imposante immédiateté mais sous l’effet d’une lente et délicieuse séduction.

Jean-Philippe Hugron

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