Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Edito | Blabla'querre (28-11-2018)

Sans dessein de critiquer ici le palmarès équilibré de cette édition 2018, l’Equerre d’argent récompenserait-elle aussi un exercice de communication ? Les prix d’architecture ne sont-ils plus, aujourd’hui, que des prix qui se jugent à la lumière de photographies, de discours et de plaquettes au graphisme étudié ? Récompensent-ils ainsi une blablarchitecture ?

France

«Nous vivons une époque complexe. Le vrai génie et la créativité semblent absents, masqués par l’esbroufe et la communication», déplore un architecte au détour de la soirée de remise de l’Equerre d’argent ce 26 novembre dernier.

«La communication a désormais pris beaucoup de pouvoir», renchérit son voisin. La vindicte est justifiée ; le jury de l’Equerre dargent ne traverse plus la France pour voir une petite dizaine de réalisations préalablement sélectionnées.

L’initiative était, après tout, passablement coûteuse. Elle a, curieusement, été abandonnée depuis que le prix est devenu payant – la belle ironie – au profit d’un oral de quelques minutes entonné par les architectes retenus dans les différentes catégories du prix.

Bien des architectes «régionaux» se sont émus de cette situation en affirmant que leurs confrères parisiens sont davantage aidés par une proximité géographique qui autorise toutes les visites.

En guise d’aide, la «communication», les «èrpé»… autrement dit les Relations Publiques (RP)… semblent bien plus efficaces. En effet, plus de la moitié des projets ont fait l’objet de dossiers ou de communiqués… parfois de voyages de presse. Dominique Coulon, Projectiles, Franklin Azzi, Thibaud Babled… et même les lauréats 2018, Richter Architectes & Associés.

Faut-il y voir un lien de cause à effet ? Le hasard semble suffisamment étonnant pour ne pas être passé sous silence, d’autant plus que l’architecture se communique dorénavant plus qu’elle ne se pratique.

Bref, le discours supplante l’expérience.

C’est du moins ce qu’illustre, aujourd’hui, l’Equerre comme tous les autres prix ou presque. Aux oreilles des jurys, les architectes – plus que des rapporteurs – sont les plus à même d’expliquer un projet. Dans ces circonstances, les meilleurs orateurs pourront facilement défendre leur réalisation quand les plus mauvais la dévaloriseront.

Alors, en matière d’architecture, distinctions et honneurs – il en va aussi du Grand Prix National – se discutent confortablement assis dans un salon. Certes, plans et documents techniques viennent en aide et des photographies particulièrement léchées – retouchées ? – pourront aussi sublimer chaque proposition… jusqu’où ?

Dans ces circonstances, qu’est ce qu’un prix d’architecture aujourd’hui ? Un prix de communication ? Il serait temps que l’Equerre renoue avec ses anciennes pratiques pour apporter plus d’assise encore à ses choix.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

JFD | Chef | Berny-Cross | 29-11-2018 à 15:07:00

"une petite dizaine de réalisations" ? Vingt-cinq exactement, soyons précis...

messire | 29-11-2018 à 10:33:00

Peut on juger d'une architecture qui a du payer pour exister dans ce concours de beauté? N'y a t'il pas assez de sponsors pour permettre un travail d'enquête sur les projets... une fois encore on est dans l'autocongratulation et la "création d'oeuvre" par ses auteurs et non par le public...Lire de l'Artification de Nathalie Heinich / Roberta Shapiro à ce sujet

Pergame | 29-11-2018 à 09:28:00

Comment peut-on véritablement juger d'une architecture livrée sans être allé la rencontrer ? Peut-on juger d'une œuvre littéraire en ayant juste lu la 4ème de couverture ? Peut-on juger un film par sa bande annonce ?

Réagir à l'article





Portrait |Samuel Delmas, archi-sensible

Crèches, unités psychiatriques, centres de formation… En somme, des programmes de la banalité. Samuel Delmas transmue ce quotidien en espaces de qualité. Son art est, de fait, précis. Il repose sur «le...[Lire la suite]

Portrait |Antonin Raymond, un architecte sans histoire ?

Les œillères de l’histoire orientent le regard vers des géographies familières et proches. Les ouvrages encyclopédiques sont parfois myopes dès qu’il s’agit d’aborder des objets...[Lire la suite]

Eglise Meguro à Tokyo


Portrait |André Ravéreau par le détail

La disparition d'André Ravéreau le 12 octobre dernier ne signifie pas pour autant la dissolution de son enseignement. L'hommage invite aujourd'hui à la relecture immédiate de son œuvre ; l'exercice pertinent...[Lire la suite]