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Livre | François Chaslin et la société des plumés (12-12-2018)

Le Corbusier, encore et toujours, mais aussi la critique, les réseaux sociaux, le plagiat, la diffamation, la recherche du scandale... François Chaslin, dans Rococo, ouvrage paru aux éditions Non Standard, livre un «divertissement» sinon une «iroquoiserie» pour mieux ironiser sur les travers d’une société aux allures de bruyante volière.

France

Contrairement à son dernier livre, Un Corbusier, l’ouvrage paru aux éditions Non Standard, Rococo, n’est ni «malcommode au lit», ni «malcommode à la plage». Il est de ces objets «moelleux» et «élégants» que l’auteur aspire à offrir.

En outre, les pages du précieux volume ne sont pas découpées. Des «plis japonnais», dit-on, rendent le livre bien plus épais qu’il ne l’est et, justement, bien plus tendre. Voilà une belle ironie quand le lecteur y découvre des mots souvent incisifs.

Encore liées les unes aux autres, les pages sont aussi abondamment illustrées. D’aucuns hésitent toutefois à brandir le coupe-papier pour libérer de «drôles d’oiseaux» que l’auteur y cache.

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Laissé à l’abri du regard, les volatiles n’en demeurent pas moins omniprésents ; François Chaslin en fait les acteurs d’étranges métaphores qu’il anime volontiers de jeux de mots… Ionesco, Obaldia et Tardieu s’y retrouveraient et ces auteurs de l’absurde devineraient même, entre les lignes, un délicieux successeur…

… un suiveur ? Un «follower» ? François Chaslin écoute les moineaux qui pépient. Ceux qui gazouillent. Ceux qui «tweet», en anglais dans le texte. Il ironise rapidement sur cette nouvelle société du spectacle, un tantinet grégaire.

Il produit alors ‘à juste titre’...voire à ‘juste sous-titre’... un piquant «divertissement» pour mieux railler ces récents médias et toutes les dérives qu’ils autorisent.

L’affaire principale reste cependant la réception de ‘son’ Corbusier. L’auteur règle ses comptes avec les acteurs d’une vaste méprise. Pour ôter l’aspect vindicatif à cette violente diatribe, il parsème son texte de références érudites, délicates et précieuses qui adoucissent une curieuse fable désanchantée.

Peut-être le critique se met-il, d’un paragraphe à l’autre, aussi totalement à nu. Chaslin désarmé, Chaslin déplumé ! Il montre ainsi son cheminement, dévoile ses lectures, laisse paraître quelques émotions.

02().jpgL’ouvrage, dans ce concert d’idées, semble parfois désordonné ; «je voulais un ouvrage volubile, subjectif, capricieux, bâtard, chargé de mots, de personnages, d’anecdotes, de réminiscences de choses anciennes, souvent très ordinaires, de témoignages, de chansonnettes, d’humour parfois», écrit-il. Oui! Mais ces mots servent la description de son avant-dernier opus, Un Corbusier. Ils restent, quoi qu’il en soit, aux yeux du lecteur, les plus à même de décrire ce curieux Rococo dont le titre n’est autre qu’un adjectif utilisé par William Curtis à l’encontre même du précédent ouvrage de François Chaslin.

Bref, l’auteur, dans cette nouvelle publication, réitère sa volonté d’offrir un texte atonal… particulièrement savant… pour mieux servir sa critique.

Il cible alors volontiers la Fondation Le Corbusier. Elle «accomplit un excellent travail de conservation, de gestion et de mise à disposition des archives de l’architecte. Et elle n’exerce pas, ou du moins n’exerce plus ou plus trop de censure. Elle ment un peu, comme en famille. Elle vend des copyrights et des droits dérivés parfois assez farfelus».

Beaubourg et ses «co-commissaires» en ont pour leur compte. Les médias aussi. Les réseaux sociaux…plus encore. La raison de ces jugements ? Les raccourcis simpliciste ayant fait de Le Corbusier une figure «fasciste, fascista, faschistischer, fascit, faszysta, fascistiske».
L’auteur décline l’adjectif dans tous les idiomes : «des milliers de twitteurs en goguette donnèrent en toutes langues leur avis sur des livres qu’ils n’avaient pas lus. Ce fut viral, quasi instantané. C’est ce que j’ai qualifié d’Ebola du blablabla, stupéfait par l’extraordinaire suivisme de la presse mondiale, de la presse globalisée, notamment dans sa version numérique, et par le mode de déploiement des informations que colportent, répercutent, déforment et grossissent maintenant les réseaux sociaux», écrit-il.

Et «qu’est-ce qu’un tweet ? Est-ce un oiseau ? Ouais ! C’est un bruit lancé dans la foule et qui peut la mettre en transe», regrette-t-il

03()_S.jpgEntre d’érudites envolées, François Chaslin dénonce l’emballement médiatique autour du passé trouble de Le Corbusier. «Si lors d’un entretien je parlais d’autre chose à un journaliste, il faisait semblant de m’entendre et ne publiait quelques jours plus tard que ce qui allait dans ce sens là et pouvait accrocher le lecteur : le fascisme».

Rococo est alors un moyen d’évoquer «une épidémie» sinon «la manière dont s’amplifient les polémiques de presse». En somme, un cas d'école.

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L’affaire Le Corbusier, lancée à la veille des célébrations du cinquantenaire de sa disparition, relève donc de ce «mauvais pli, ce pli amer, cette inflexion vers le scandale». Dans ces circonstances, François Chaslin s’interroge sur la critique mais aussi le journalisme.

«Et la critique architecturale, alors ? Voit-elle les bâtiments ? Oui mais le plus souvent en groupes cornaqués. Elle les visite, écoute les propos de ses concepteurs mais je ne suis pas sûr qu’elle les décrypte, qu’elle les lise vraiment. J’ai souvent été frappé par la rapidité avec laquelle, sans désir de l’analyser plus avant, d’en pénétrer la spatialité, d’en peser les détails, nombre de journalistes parcouraient une réalisation».

L’auteur va toutefois bien plus loin que le seul domaine de l’architecture. «Le marketing contemporain, la construction méthodique de l’image, notamment de l’image de marque c’est à dire d’une illusion, la circulation des rumeurs sur la toile et dans les réseaux sociaux, la théorie du complot, le déni de ce que pensent les élites, les simplement instruits, les instituteurs, ou de ce qu’écrit la presse, le succès des démagogues et des menteurs les plus effrontés, le populisme et l’élection de Donald Trump ont engendré une mise en cause générale des vérités», écrit-il.

François Chaslin trace ainsi les contours d’un conte (rendu) crépusculaire, d'un divertissement aux airs de Nachtmusik… mais aussi d'une étrange soirée avec Monsieur Teste… ou, plutôt, avec Monsieur Chaslin pour entendre jusqu'à son fonctionnement et sa construction mentale... c'est, du moins, ce que 'crôa' son lecteur...

Jean-Philippe Hugron

Rococo, François Chaslin, Les Editions Non Standard, 520 pages, 28 euros
https://editions-non-standard.com/books/rococo

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