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Chronique | Fear And Loathing In Val de Marne : scène 2 (23-01-2019)

La banlieue… Donatien Frobert la pratique en regardeur...peut-être même en voyeur. Il observe son paysage singulier, sans cesse changeant, au son d’une «plénitude jazzy et latino d’une fin de journée à LA». C’est du moins ce qu’il nous propose à travers cette deuxième scène d’une odyssée urbaine en Val-de-Marne. 

Ile-de-France

Scène 2 : Le parking du centre commercial

Bande originale : “Lost in the supermarket”, Clash. Album London Calling (1979). Pour le spleen des voitures alignées et des têtes de gondoles étourdissantes

Tourne-toi sur la droite et le temple, vidé de ses marchands, se présente à toi. L’hypermarché E.Leclerc de Vitry-Sur-Seine, lieu de Culte et de plaisir (son Manège à Bijoux ! Son traiteur asiatique ! Son espace Culture où toutes les vedettes de la télé des années 80 sont venues un jour dédicacer leurs mémoires ! Houellebecq, montre-toi !), a fermé ses portes à 20h30, et autour de toi s’étale l’asphalte lisse, brillante, striée de bandes blanches. Le parking désert, les candélabres de dix mètres de haut, le ciel bleu sombre, les flèches contrastées au sol…Seuls ceux qui ont déjà pénétré ce hangar démesuré un 24 décembre à la recherche d’un petit sachet de noix cajou, et qui ont failli faire un AVC entre le stand foie gras, la pyramide d’œufs de lump, et les rayons infinis de toasts, mousseux, saumon, confiture de figues, au bord du Cri Primal, bousculés par les caddies et les acharnés de la solde, les oreilles ensanglantées de trop de compilations de Noël, eux seuls (nous seuls) peuvent apprécier à sa juste valeur la perfection du parking désert du centre Leclerc de Vitry, mer sereine de pétrole.

Et en parlant de pétrole, pivote sur ta gauche, vole par-dessus l’obligatoire Wok/Sushi/Indien/Tex-Mex/Buffet chinois à volonté, et pose-toi à l’entrée de la station-service tandis que la nuit tombe pour de bon. Le jour, ce sont des couleurs vives et des voitures bariolées et des corps en partie dénudés et des marcels jaunes et des shorts courts et des jupes voyantes, qui rappellent la classe moyenne alanguie à la plage photographiée par Martin Parr. Mais à la nuit tombée…Changement de lumière, c’est Edward Hopper qui tient le pinceau. Une toiture large se déploie, sous laquelle un jeu de spots incandescents éclaire des îlots isolés dans la pénombre. Un homme seul fait le plein, le regard dans le vague et la pompe à la main, perdu dans l’immensité de la zone. Autour, aucun bruit, l’édicule est surplombé par la masse des deux cheminées de la centrale thermique EDF à l’arrêt. Elément essentiel de la composition du paysage alentour, tiges de marguerites géantes, les jumelles de 160m de haut ont cessé de fonctionner en mars 2015. Vieille de 50 ans, la centrale des Ardoines fonctionnait au charbon, et sa production représentait à elle seule 20% de toute la production électrique française au charbon. Un monstre…Déjà, les godets géants qui récupéraient la houille sur les péniches de la Seine ont été démantelés et le reste suivra, pour une déconstruction de dix ans annoncée à partir de 2019. En attendant, constatant l’attachement, coûte que coûte, des habitants à cette grosse dame, EDF a décidé d’ouvrir le site à des associations artistiques et culturelles qui rendent hommage à la vie qui régnait, et aux 600 ouvriers qui y travaillaient. Quelle chance, quand même, cette centrale ne subira pas la honte de se travestir en complexe de penthouses de luxe comme la vénérable Battersea power Station !

Et ses tours, deux des constructions les plus hautes d’Ile-de-France, trop chères à entretenir, seront elles aussi démolies. En attendant, elles veillent…Elles aussi, le jour, sont de joyeux poteaux bigarrés jaunes et rouges, et la nuit deviennent…Inquiétantes colonnes dans l’ombre ! Voici enfin l’heure où ces aménagements douteux, qui semblent posés là pour agresser les yeux et servir un but uniquement fonctionnel, prennent enfin un sens, grâce à un éclairage biaisé et un ciel qui transforme tout en un Noir & Blanc sobre. Enfin sobre !


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