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Chantiers | Face au numérique, l'architecte en quête de pouvoir ? (06-02-2019)

Fantasmes à gogo ! L’avènement d’outils numériques inquiète et pose questions. Détournent-ils les architectes de leur métier ? Les excluent-ils du chantier ? Appauvrissent-ils l’art de bâtir ? Ces interrogations semblent vaines et la seule qui devrait aujourd’hui primer sur les autres est celle du pouvoir… Comment détenir aujourd’hui le contrôle de ces outils ?

France

Le colloque organisé par la Cité de l’Architecture et du Patrimoine sur le thème de « l’intelligence des chantiers » a, en un seul après-midi*, soulevé de nombreux débats. Parmi eux, l’avènement des outils numériques au sein de la construction.

D’aucuns mobilisent volontiers pour expliquer cette évolution la crise du logement, cette lubie encore actuelle et naïve de construire vite et mieux mais surtout les progrès technologiques eux-mêmes. Les chantiers serait même étudiés dorénavant sous l’angle de la robotisation et les nouveaux outils (imprimantes 3D, lasers ou drones, par exemple) appellent une précision que seul l’outil numérique semble permettre.

Au delà de l’amélioration des conditions de travail des ouvriers, il en va aussi d’une question économique. « L’improvisation coûte cher », entend-on dans l’auditorium de la Cité.

Dès lors, les outils numériques seraient ceux de « l’anticipation ». Pour certains, comme Jean-Baptiste Marie, architecte et commissaire scientifique du colloque, le « bricolage » - dans son acception la plus noble – aurait néanmoins toujours sa place et les moyens traditionnels peuvent aisément se superposer à la plus haute technologie.

In fine, il n’y aurait peut-être rien à craindre de ces nouveaux moyens qui ne sont après tout, stricto sensu, que des… « outils » ! Sans la main de l’homme, ils ne sont rien.

Pour autant l’histoire présente son lot d’expériences utiles. Jean-François Coulais, géographe, spécialiste des questions de représentation, invité lui aussi à s’exprimer lors du colloque, a savamment démontré combien le « dessin moderne » a pu bouleverser toute une profession.

« La géométrie projective a offert la possibilité de pré-dessiner les formes avant de les construire et le dessin moderne a permis à l’architecte d’imposer son pouvoir », assure-t-il.

La Renaissance a ainsi vu progressivement la figure de l’architecte s’imposer face aux maçons et au constructeurs auquel il appartenait autrefois. Le dessin s’est donc fait le moyen d’éloigner physiquement l’architecte du chantier…

Aussi, aujourd’hui, le « nouvel ordre numérique » pose cette interrogation quant à la coupure (ou non) entre conception et exécution.

Jean-François Coulais aime, dans ces circonstances, à noter un « retour paradoxal vers le réel » et les nouveaux outils numériques lui semblent fermer une parenthèse initiée quelques quatre siècles plus tôt.

Ainsi, l’architecture répondrait, de nouveau, d’un « processus séquentiel itératif » et l’ordre numérique en imposant un langage commun autorise la participation de tous les acteurs.

Reste en suspens la question du pouvoir. « Un enjeu crucial », précise le géographe. La problématique semble d’autant plus forte à l’heure où la loi ELAN, entre autres, cause un tort profond à la profession.

Mais pour le moment, rien n’est encore tranché. La nouveauté balbutie et n’impose pas ses règles. Aussi, pour Jean-Baptiste Marie, le salut viendrait peut-être d’un nouvel enseignement de l’architecture. Il serait, à ses yeux, désormais plus intéressant « de développer la gestion de projet plus que le projet lui-même » voire  d'aborder enfin « la gestion de chantier » en école d’architecture.

Bref, en lieu d’outils, il s’agit peut-être maintenant de distribuer quelques armes pour servir et défendre l’art de bâtir.

Jean-Philippe Hugron

*Colloque ‘L’intelligence des chantiers’ tenu mercredi 23 janvier 2019 dans le cadre de l’exposition ‘L'Art du chantier. Construire et démolir du 16e au 21e siècle’ du 9 novembre 2018 au 11 mars 2019 à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine à Paris.

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