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Chantiers | Luc Weizmann et les leçons du chantier (06-02-2019)

Le chantier n’est pas un temps à part. La conception du projet est même un processus itératif avec entreprises et artisans. C’est du moins la vision que Luc Weizmann a défendu lors de sa présentation du barrage du Mont-Saint-Michel dans le cadre d’un colloque sur « l’intelligence des chantiers »*.

Cité de l'Architecture et du Patrimoine | France | Luc Weizmann

« Je ne suis ni chercheur, ni historien mais praticien », débute Luc Weizmann. « J’ai eu l’occasion de vivre de longs chantiers et cette scène est l’occasion de rendre hommage à cet univers humain fait d’ingéniosité », déclare-t-il face au public de l’auditorium de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine.

A l’aide d’un beau et long reportage photographique, il présente le barrage du Mont-Saint-Michel qu’il a réalisé de 2000 à 2010. « Ce chantier était un lieu d’exemplarité », affirme-t-il.

L’ouvrage d’art offre à l’architecte l’opportunité d’aborder sa pratique et, de but en blanc, ce « débat sur l’outil qui fait le projet ». Luc Weizmann s’inscrit en faux contre cette logique ; pour lui, « c’est bien le lieu qui féconde le projet. »

L’homme de l’art évoque, en toute logique, l’origine de sa réflexion : un site mais aussi les termes d’une commande, celle de rétablir le caractère maritime du Mont-Saint-Michel.

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Dans ces circonstances, le processus de conception a été particulièrement long pour ne pas dire fastidieux. En tout, six années. Six années marquées par « une mise au point technique » et « un suivi administratif », bien entendu.

Luc Weizmann s’appesantit ensuite volontiers sur la photographie d’une maquette. A l’image, le modèle réduit se montre précieux. « J’ai toujours vu la fabrication d’une maquette comme un micro chantier. Elle est le temps de la définition des différentes composantes et de leur assemblage. Elle constitue une vraie anticipation du chantier autant sans doute que les visualisations 3D », dit-il.

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Cependant un projet ne se fait pas seul. Il faut compter sur l’entreprise qui « pense en termes de processus et de logique de chantier ». Cette vision réclame dès lors un exercice « itératif ».

Ecrit autrement, le chantier n’est pas un simple temps d’exécution. Il appelle un jeu de va-et-vient permanent avec ingénieurs et constructeurs. Après tout, chaque projet est un « prototype ».

« Nous inventons, en effet, à chaque fois de nouvelles méthodes », assure Luc Weizmann. Et pour cela, l’architecte s’en remet à l’« intelligence partagée ».

Dès lors, une agence d’architecture serait de par trop « intimiste » et l’homme de l’art mobilise dans son exposé comme modèle la figure de Carlo Scarpa qui « travaillait en conception avec les artisans ».

Dans cette logique, Luc Weizmann prend plaisir à évoquer son travail qui parfois relève aussi « de la gestion d’entreprises dans le temps et l’espace ».

« Il faut aussi, très régulièrement, afficher les images d’un projet, en montrer les maquettes, faire comprendre, en fin de compte, ce vers quoi l’ouvrier tend. Il faut prévenir ainsi tout problème de lisibilité », reprend-il.

L’architecte doit être pédagogue. « Plus encore, il doit s’inscrire dans une relation de réciprocité », précise-t-il. Et pour cause, tout professionnel est en mesure d’apprendre des autres. Pour les garde-corps en bronze, par exemple, Luc Weizmann s’est rendu pas moins de huit fois à Lyon pour voir la manière dont cette fonderie fonctionnait.

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Ces échanges ont été, aux dires de l’architecte, particulièrement précieux pour la qualité d’un projet. Mais très vite, Luc Weizmann dénonce aussi de nouvelles habitudes. « Si la parole fonctionne, il faut ne pas perdre de vue que les juristes sont dorénavant sur les chantiers », dit-il.

Finalement les outils informatiques et leur précision diabolique ne détourneraient pas, contre toute attente, une profession des chantiers. En revanche, le droit, ses us et coutumes, pourraient, quant à eux, bel et bien exclure l’architecte du lieu de fabrication...et ce, sans crier gare.

Jean-Philippe Hugron

*Colloque ‘L’intelligence des chantiers’ tenu mercredi 23 janvier 2019 dans le cadre de l’exposition ‘L'Art du chantier. Construire et démolir du 16e au 21e siècle’ du 9 novembre 2018 au 11 mars 2019 à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine à Paris.

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