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Edito | Arata ? Pritzker ? Arrêtez-tout ! (06-03-2019)

Vieux et japonais ! Mâle de surcroît. Bref, de quoi exciter les plus critiques et souffler sur les braises de la polémique. Incroyable mais vrai, Arata Isozaki est le lauréat du Pritzker Prize 2019.

Pritzker | Pritzker 2019 | Monde

Le petit vent frais rappelait volontiers, ce mardi matin, que l’hiver n’était pas fini… et, que le nouveau Pritzker n’était pas encore connu... Sa désignation intervient pourtant au moment des derniers frimas...

Et patatras, l’annonce du lauréat a jeté plus qu’un froid : Arata Isozaki.

De quoi trembler ! La stupeur se transforme même en tsunami d'interrogations et laisse croire à un canular boiteux. Pas un bookmaker n’aurait parié sur ce nom. 

Et pour cause, le Pritzker 2019 est un homme (encore) japonais (encore) vieux (encore)… Le jury 2019 semble s’être appliqué à cocher toutes les (mauvaises) cases… 

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L’oeuvre d’Arata Isozaki a, en plus, le travers de s’être, ces dernières années, honteusement vautré, dans l’informe blobesque, dans le disgracieux computationnel que même l’édile français le moins avisé ne rêve désormais plus de réaliser pour abriter sa nouvelle médiathèque.

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Godzilla de la nouveauté, sans grand subtilité, Arata Isozaki paraît être l’incarnation de l’architecte qui, durant sa carrière, n’a fait que suivre les modes au lieu de les faire ou, mieux encore, de les ignorer. 

Il a donc été moderno-metabolo quand il était jeune, pseudo-Meier à la fin des années 70, post-moderno en 1980… et nippo-blobeux pour le nouveau millénaire. Tout un palmarès !

Il faut dès lors comprendre que conviction et constance ne sont pas célébrées à travers ce prix qui pourrait donner un tant soit peu d’espoir à Carlos Ott d’obtenir, lui aussi, ce précieux sésame y compris pour son flamboyant Opéra Bastille.

Le jury, quoi qu’il en soit, couronne, à travers ce choix, un prétendu «visionnaire»…  

Peut-être ont-il voulu dire un «visionneur», un regardeur d’images, de catalogues et de revues offrant quelques références utiles pour, sans cesse, être dans l’air du temps plus que dans l’avant-garde et faire les belles pages, dans les années 90, des volumes « contemporary japanese architects » publiés chez Taschen.

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Ce même jury félicite aussi un «profond attachement à ‘l’art de l’espace’». Qu’un architecte puisse être attaché, en somme, à l’architecture…c’est là, sans doute, une situation inédite qui mérite véritablement une récompense! 

Il célèbre aussi une «méthodologie transnationale»… et donc Arata d'être, à sa façon, un peu «trans» sur les bords. Ouf ! Un brin de fantaisie.

Le 46ème lauréat du Pritzker Prize, le huitième à être originaire du Japon, explique volontiers «avoir voulu découvrir le monde de ses propres yeux». 

«J’ai fait, dit-il, le tour du monde au moins dix fois avant d’avoir trente ans. Je voulais ressentir la vie des gens dans différents endroits du globe ; j’ai visité l’intérieur du Japon, le monde islamique, les villages de montagne en Chine, le Sud-Est asiatique, les métropoles des Etats-Unis. J’essayais de trouver de nouvelles opportunités et à travers elles de continuer à me questionner : qu’est-ce-que l’architecture ?»

La question semble être malheureusement restée sans réponse… à moins qu’elle ne soit, entre les lignes, «tout sauf ça».

Peut-être la prochaine conférence publique d’Arata Isozaki apportera quelques nouveaux éléments. Elle aura (curieusement) lieu à Paris, à l’occasion de la remise du prix, en mai prochain, à Versailles, là même où, un autre Japonais, Tadao Ando, avait reçu de la Fondation Hyatt le célèbre prix d’architecture… De quoi réveiller, cette fois-ci, d’autres démons et d'exciter l’amour immodéré de la France pour les «japonismes» en tout genre...

Jean-Philippe Hugron

Le jury était composé de :
André Aranha Corrêa do Lago: Ambassadeur du Brésil au Japon
Richard Rogers: Architecte et Pritzker 2007. Londres, Royaume-Uni.
Kazuyo Sejima: Architecte et Pritzker 2010. Japon.
Benedetta Tagliabue: Architecte. Barcelone, Espagne.
Ratan N. Tata: Chairman Emeritus of Tata Sons, the holding company of the Tata Group. Mumbai, Inde.
Wang Shu: Architecte et Pritzker 2012. Chine.
Martha Thorne (Executive Director): Doyen de l’IE School of Architecture & Design. Madrid, Espagne.

Réactions

Jv | Architecte | Paris | 07-03-2019 à 19:03:00

Merci pour cette constance d’un ton sans fard et sans consensus, loin des modes et des révérences.
Bien à toi
Jérôme Villemard

Pascal PINET | Paris | 07-03-2019 à 12:08:00

Voilà prix fourvoyé! Un Pritzker tous les ans, c'est certainement trop. On se cherche. Si l'on ne peut pas réellement tenir les qualificatifs homme-vieux-japonnais comme des arguments critiques solides, celui d'une production conventionnelle et 'sur'alignée le sont beaucoup plus. Doit-on récompenser un architecte en particulier alors que l'on peine à identifier une recherche singulière? Autant alors décerner un Pritzker à la profession tout entière, en insistant tout particulièrement sur ses travers: le Prix d'une période post-postmoderne désabusée, nonchalante... correcte par flemme, désincarnée par manque de flamme mais aussi inconstante parfois même versatile. Une production comme on change de chemise (XL). Et encore on change de chemise théoriquement tous les jours, ce qui présente l'avantage d'imposer une fréquence rapide de renouvellement dont peut se dégager la permanence d'une collection -que le talent s'appliquera à rendre cohérente-. Bref, des qualités réelles que ce catalogue ne possède pas.

RF | 07-03-2019 à 09:21:00

Toujours un point de vue différent de la banalité des certaines critiques architecturales.

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