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Compte-rendu | Luis Longhi, quelques signes envoyés au ciel (20-03-2019)

Luis Longhi suggère, à travers son œuvre, l’étrange évolution d’une modernité qui, au Pérou, se frotte volontiers aux cultures locales et ancestrales. A l’Académie d’Architecture, Rodo Tisnado, associé d’Architecture Studio, a invité le 7 février 2016 cette figure méconnue de la scène internationale. Pour présenter son art, l’étonnant Péruvien s’est emparé d’un élégant salon pour en faire une curieuse scène rock...

Académie d'Architecture | | Luis Longhi

«Je suis inca, je suis socialiste, je suis italien, je suis solitaire», lance Luis Longhi. L’architecte incarne le Pérou jusque dans sa physionomie. La peau tannée, les cheveux sombres… Un Inca particulier, un Inca fantasmé.

Il y a dans son attitude un goût de Rock’n Roll. «Je voulais être chanteur», dit-il lors de sa conférence du 7 février dernier à l’Académie d’Architecture. Toutefois, «les curés m’en ont dissuadé», sourit-il.

Depuis, sa musique n’est rien moins que l’architecture.

«Il a été formé à l’université Ricardo Palma qui, à l’époque, exposait aux yeux de tous une lutte entre modernité et archaïsme», prévient Rodo Tisnado dans son propos liminaire. Son professeur ? Juvenal Baracco.

La filiation est visible mais au regard de l’oeuvre de Luis Longhi, les sources d’inspirations sont nombreuses.

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«Le monde péruvien est avant tout connecté avec les Etats-Unis et non avec l’Espagne et, à travers elle, l’Europe», rappelle l’associé d’Architecture Studio. Luis Longhi s’est ainsi formé, par ce tropisme américain, à Harvard. On devine même chez lui, dans une architecture blanche, un tantinet ‘moderne’, une attirance vraisemblable pour Paul Rudolph.

Ce nom n’est pourtant jamais cité. Il préfère, au contraire, convoquer dans son exposé la figure de Carlo Scarpa.

«J’ai, chez moi, entièrement copié un escalier qu’il a dessiné pour régler une situation difficile», confie-t-il. Pour autant, malgré des emprunts assumés, l’homme de l’art estime vouloir définir une «esthétique» qui lui serait sienne. Pour cela, il s’en remet à trois influences fondamentales : Machu Picchu, Pablo Neruda et...le rock !

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Luis Longhi invoque aussi, dans son discours, la culture chavín ou encore l’héritage chimú… pour imaginer, en fin de compte, un «mélange fantaisiste».

L’approche est aussi enivrante que fiévreuse et l’architecte livre à son auditoire quelques dessins hallucinés, tourbillon naïf de constructions disparates…qu’il juge préférable de ne pas trop exposer.

«Je dessine mal», s’excuse-t-il. Ses compositions sont «fractales» et, à ses yeux, elles lui permettent d’«échapper à [sa] propre condition».

«Je suis comme poussé à dessiner des choses qui n’ont pas de sens… puis le dessin devient autonome et finit par se convertir en détail», explique-t-il.

De rondeurs aussi fabuleuses qu’obsessionnelles, toutes tracées sur le papier, sont nées de petites fenêtres rondes… et de ces minces ouvertures, un étrange théâtre domestique, une maison singulière«D’un petit trou, j’ai imaginé un banc, et du banc qui se déroule, un tout. La critique y voit un formalisme inutile mais ce sont pourtant les détails qui construisent l’espace», affirme-t-il.

Tous les éléments que Luis Longhi imagine sont par ailleurs «sexués». Un détail est volontiers masculin ou féminin. «Ce sont eux qui révèlent la qualité de l’architecture», répète-t-il à l’envi.

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Tout est alors question d’emboîtement et d’équilibre, d’absence et de présence. L’ensemble forme un plan et une construction devient, in fine, «un signe envoyé au ciel».

«Je suis, après tout, intuitif», assure l’architecte. Sa propre maison en témoigne. Il l’imagine comme «une structure funéraire», un «tumulus» voire une «chullpa»* antique.

«C’est une maison sans plan», prévient Luis Longhi. L’improbable mausolée domestique renferme dans une succession bizarre de pièces les idées de l’architecte autant que ses souvenirs.

«J’y met des sculptures que j’ai réalisées à l’école, il y a quarante ans… Je replace, entre ces murs, toute ma vie y compris mon travail de metteur en scène», indique-t-il. La table du Roi Lear dont il a imaginé le décor rudimentaire dans les ruines du théâtre municipal de Lima lui sert désormais de table basse…

«Ce n’est pas une maison mais un lieu. Je travaille encore et toujours avec des ouvriers pour créer des détails de situation», dit-il. Les erreurs, dans cette patiente recherche esthétique, participent à la richesse de l’endroit et parfois Luis Longhi se plaît à en sublimer, avec malice, les contours.

04(@LuisLonghi)_S.JPGC’est donc un lieu mais un lieu sans fins… Dans une intention funèbre de compiler les souvenirs d’une vie, l’inachèvement signe l’espoir de poursuivre sa quête. «Je vais dorénavant faire, dans les dix prochaines années, une architecture que je ne connais pas encore et ce sera incroyable», promet-il.

Pour convaincre son auditoire, Luis Longhi fait une nouvelle fois défiler toutes les images de son œuvre sur le rythme lancinant d’un rap composé par le groupe porto-ricain Calle 13. Il dessine même à cette occasion quelques pas de danse… ses lèvres bougent sans laisser passer un mot… Tu no puedes comprar el viento / Tú no puedes comprar al sol / Tú no puedes comprar la lluvia / Tú no puedes comprar el calor / Tú no puedes comprar las nubes / Tú no puedes comprar los colores...

Jean-Philippe Hugron

*Une Chullpa est, dans certaines civilisations pré-incas, une tour funéraire construite en adobe ou en pierre.

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