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Edito | JR, polémique et pyramide : la mise en abîme... (03-04-2019)

La polémique n’est pas dans l’oeuvre de JR, mais dans la polémique qu’elle soulève. Bref, voilà une mise en abîme où la critique populaire frôle l’hystérie. Mais pour exister, il faut être désormais polémique, et, sans cesser, hurler au scandale. Etre positif ne fonctionne plus et s’enthousiasmer paraît même suspect… alors il faut aboyer...encore et toujours. Grrrr.

France

Le Louvre ne connaît qu’un artiste contemporain : JR. L’homme se présente d’ailleurs volontiers comme un «street artist» et ses interventions sont éphémères. Il avait déjà recouvert en 2016 la Pyramide du Louvre pour la faire disparaître sous une photographie du pavillon Sully. En un point précis, l’observateur découvrait, par le miracle d’une perspective finement étudiée, la cour Napoléon comme elle était autrefois.

Pour célébrer les 30 ans de la célèbre construction de verre conçue par Ieoh Ming Pei, Le Louvre a renouvelé l’expérience avec JR lui confiant la réalisation d'une autre «anamorphose».

L’artiste a imaginé, pour cette occasion exceptionnelle, couvrir d’un dessin le sol de la cour Napoléon afin d’en révéler les profondeurs imaginaires. L’ensemble ne pouvait être visible que depuis un point situé en haut du pavillon Sully. Pour le public qui n’irait pas arpenter les salles du musée, deux écrans géants proposent la même vue en temps réel.

03(@JeremySchneider)_B.jpgA l’heure de la société du spectacle où l’image prime sur tout le reste, la «performance» de JR a été rapidement relayée de par le monde. Les plus grands journaux se sont fait l’écho d’un anniversaire judicieusement célébré par la photographie.

Non content de cette publicité mondiale réussie, le Parisien s’est plaint de long en large. Une litanie de reproches, une complainte assourdissante ! En cause ? Le dépérissement d’une œuvre imperceptible à hauteur de piéton.

A la frustration de ne pas pouvoir savourer directement l’effet optique par ses propres yeux s’est mêlée l’outrance de la voir lentement détruite sous les pas de visiteurs sinon vandalisée par les mains rageuses des plus fétichistes voulant repartir avec un morceau de «l’installation».

Programmée pour n’être visible que le temps d’un week-end, le trompe-l’oeil de JR s’est donc rapidement dégradé et dimanche, le curieux vagabondait dans une mer de papiers arrachés et déchirés. Dans la cour Napoléon, c’était une écume d’un genre urbain.

02()_S.jpgA la polémique donc de gonfler. Elle accuse d’abord les touristes qui souillent l’oeuvre de l’artiste ! Puis ces esthètes du dimanche qui la déchirent avec malice !

Ensuite, Paris, ville poubelle !

Puis… comme l’ultime abomination... l’affront au développement durable ! Cette gabegie de matière !

Mais avez-vous seulement pensé aux enfants en Afrique qui n’ont pas de papier pour écrire ?

La machine à indignation est très vite devenue insupportable même si la Pyramide a toujours ce délicieux parfum de scandale.

Attaqué, JR s’est aussitôt expliqué : «Le projet aborde aussi les thèmes de la présence et de l'absence, de la réalité et des souvenirs, de l'impermanence», écrit-il.

In fine, ce n’est plus l’oeuvre, son message ou son dépérissement qui fait aujourd’hui polémique mais la polémique elle-même.

Il n’est plus un jour sans controverse. Spectateurs et lecteurs semblent toujours plus avides de ces querelles injurieuses. La polémique est un fond de commerce utile et l’indignation la meilleure carte de visite. Sauf qu’elle ne s’habille plus de légèreté ni d’humour. Elle se complet dans la sévérité du jugement moral. Elle devient donc sérieuse et pontifiante.

En grattant le vernis d’une critique infondée, il n’y a généralement que des propos imbibés d’une mauvaise foi qui offre à la polémique plus d’écho encore... au point donc qu'elle fasse, à son tour, polémique...et ainsi de suite. 

Comme tout cela est prodigieusement fatigant.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

Lucilia | Chef d'entreprise | Paris | 04-04-2019 à 17:17:00

Il est temps de réhabiliter l'Art, le vrai (dessin, sculpture, photo, peinture...) et d'arrêter de nous enfumer avec tout ce brouhaha pour pas grand chose. Toutes ces installations sont faites pour déplacer des personnes de plus en plus incultes mais qui ont besoin d'un sujet de conversation. On va encore énerver les Gilets jaunes quand ils se rendront compte que l'argent est, encore et toujours, jeté par la fenêtre.

bg | 04-04-2019 à 09:11:00

Pour prolonger cette réflexion, 5 minutes sur l'indignation:
https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-de-la-philo/faut-il-en-finir-avec-lindignation

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