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Portrait | Gian Piero Frassinelli, super-architecte (02-05-2019)

Il est l’une des six figures de Superstudio. Il en est toujours l’un des porte-paroles même si chacun des membres encore vivants de cet audacieux collectif pourrait raconter une histoire différente façon Rashômon. En marge de l’exposition du FRAC Centre-Val-de-Loire intitulée ‘Superstudio, la vie après l’architecture’, Gian Piero Frassinellli se livre en quelques confidences. Rencontre.

Italie

80 ans tout rond. Un français parfait. Une modestie agréable qu’une voix douce, parfois inaudible, accompagne. Les phrases de Gian Piero Frassinelli s’évaporent pour ne jamais laisser entendre de point final.

Parcourir l’exposition que le FRAC Centre-Val-de-Loire propose sur Superstudio et découvrir l’imagier symbolique du groupe italien laisse entrevoir l’imaginaire de cet architecte dont le patronyme a disparu sous l’étiquette du collectif.

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L’ironie mordante de propositions irréalistes et l’ambiguïté de leur message respectif ne permettent toutefois pas de placer avec précision Superstudio dans un paysage architectural d’utopies en tout genre.

«Nous avons peut-être commis une faute en créant des images aussi séduisantes», concède Gian Piero Frassinelli. «Je suis convaincu que notre travail ne relève pas de l’utopie. Il est davantage dans la dystopie.»

Qu’était alors l’objet de la dénonciation ? S’agissait-il, entre les lignes, de tuer le père ? «Je ne crois pas avoir tué mon père. Je pense même en avoir eu plusieurs dans le champ de l’architecture et bien d’autres encore dans celui de l’anthropologie», débute-t-il.

«Au cours de ma formation, il y a eu, bien entendu, Le Corbusier. Je l’ai critiqué mais certainement pas tué. Le père suivant a été Louis Kahn puis, un peu, Neutra. Je ne les ai pas tués non plus. Du point de vue de l’anthropologie, Claude Lévi-Strauss… mais ce n’était pas un père, c’était un dieu ! Je l’ai cependant critiqué, lui aussi, et j’ai tenté, étudiant, de transformer l’anthropologie en science exacte. Ce n’était pas très digne...», sourit-il.

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Les trames dont Superstudio a fait son vocabulaire serait-elle, par ailleurs, l’héritière d’un rationalisme italien ? «Terragni ? J’ai beaucoup travaillé à Côme et je connais très bien son travail. Il a oeuvré à un moment où l’on croyait en l’architecture. Je l’ai envié», dit-il.

Parmi ses contemporains, Gian Piero Frassinelli a regardé avec intérêt les réalisations de Leonardo Ricci mais certainement pas celles de Leonardo Savioli…

La trame de 3x3 cm trouve toutefois son origine ailleurs. «Nous réalisions des collages qui constituaient une manière facile de faire. Nous faisions aussi des photomontages. Souvent, dans ce contexte, je travaillais la perspective selon la méthode d’Alberti qui appelle une mise au carré pour créer une profondeur. Un jour, j’ai pris la décision de ne pas effacer cette grille», se souvient-il. Et tout a commencé...

Présent et passé ne sont donc pas fondamentalement rejeté et Superstudio compose avec l’actualité d’une profession autant qu’avec ses temps les plus anciens. L’architecte affirme d’ailleurs s’être très tôt ému de la disparition de l’histoire en école d’architecture. «Nous voulions redéfinir notre filiation. Cette reconstruction était un acte anthropologique et c’était déjà une forme de radicalité», souligne-t-il.

La «radicalité» est d’ailleurs ce concept qui colle à la peau de Superstudio. «Je pourrais raconter deux histoires pour en expliquer l’origine. Celle d’une journaliste de Munich qui disait de nous, lors d’un dîner, que nous étions radicaux mais être radical, c’était depuis les Etats-Unis, notamment, être communiste… Aussi, je préfère une autre version. Etre radical, à mes yeux, c’est prendre le problème à la racine», dit-il.

Dès lors, Superstudio n’a eu d'ambition que de «revenir à la racine, à l’homme». «C’est notre travail», affirme Gian Piero Frassinelli.

«Mon idée est qu’il y a une architecture pour le peuple, une architecte donnée par le pouvoir pour le peuple… Ce sont des boîtes. Je n’ai aucun intérêt pour cela… La machine à habiter a signé la fin de l’architecture réelle», souligne-t-il.

Avec nostalgie, l’architecte évoque les bâtisseurs d’autrefois et raille l’époque actuelle «incapable de construire pour elle-même».

«J’ai travaillé à des projets de restauration de maisons anciennes. J’ai appris la manière dont les gens pouvaient organiser, eux-mêmes, leurs propres espaces. J’en suis arrivé à la conclusion que celui qui n’organise pas sa vie subit la politique», lance-t-il.

Collages et dessins dénonçaient donc, à cette époque, les travers d’une société de sur-consommation. «Le monument continu n’était pas une idée esthétique», précise-t-il. La postérité ne retient que trop cet aspect pour oublier le message ironique de la proposition. «Le cul est unique mais les sièges existent par milliers !», rit-il.

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Interrogé sur la réception de ce travail et sa bonne compréhension, Gian Piero Frassinelli reste mutique. Il réfute une parenté avec l’Arte Povera et se défend de tout minimalisme. «Je n’ai, par ailleurs, eu aucune influence sur les autres architectes», assure-t-il.

«J’ai aussi peu enseigné», explique-t-il. Et peu construit. «Je n’ai pas voulu choisir entre mes idées et celles de mes clients. La plupart m’ont d’ailleurs abandonné».

Gian Piero Frassinelli évoque toutefois avec plaisir ‘La Maison des quatre vents’, dans la banlieue d’Amsterdam, une «opération expérimentale» de 80 appartements. «Nous avons, chacun d’entre-nous, construit des architectures personnelles dont nous étions individuellement responsables ; ce n’est pas l’oeuvre de Superstudio. J’estime qu’il est difficile de faire de l’architecture en groupe», dit-il.

In fine, la pratique du métier était un exercice difficile. «Le travail concret n’a dès lors eu pour conséquence que de développer plus encore mes idées radicales sur l’architecture», affirme-t-il. Et d’alimenter ainsi, sans cesse, la trame de l’histoire à coups de fourches et autre «global tools» pour sauver, au moins, sa propre conscience...

Jean-Philippe Hugron

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