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Rencontre | 1024, archi électro ! (15-05-2019)

Si la musique électronique est célébrée à la Philharmonie de Paris, l’hommage musical se veut aussi architectural. Le studio 1024 architecture se fait l’auteur de plusieurs «oeuvres» originales exposées mais aussi d’une scénographie particulièrement efficace. Rencontre avec ses fondateurs, Pier Schneider et François Wunschel, tous deux «éclairés», qui, pour travailler, vont jusqu’à développer leurs propres logiciels.

France | 1024 Architecture

Un travail fascinant ! Des structures, aussi simples que rudimentaires, et des effets visuels, aussi variés qu’extraordinaires. Le tout est animé selon le rythme soutenu des 11 mix conçus par Laurent Garnier pour l’exposition. Voilà ce que d’aucuns peuvent découvrir à l’exposition Electro présentée à la Philharmonie de Paris jusqu’au 11 août 2019.

A la fois original et inédit, l’événement retrace l’histoire d’une musique injustement déconsidérée et tente de valoriser mais aussi de défendre une production somme toute récente.

L’exposition, conçue par Jean-Yves Leloup, commissaire, journaliste mais aussi DJ et artiste sonore, met également en avant la tentation de producteurs reconnus de créer, à travers spectacles et festivals, des œuvres totales où l’art de bâtir est dûment convoqué.

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1024 architecture est, dans ces circonstances, régulièrement sollicité et le duo gravite depuis dix ans dans un milieu où architectes et maîtres d’oeuvre se sont faits curieusement absents. Pier Schneider et François Wunschel s’en étonnent : «un morceau de musique est une structure ; ne parle-t-on pas, d’ailleurs, de l’architecture d’un morceau ?», s’amusent-ils.

Ils ont été jusqu’à présent les auteurs d’installations audiovisuelles originales et de dispositifs scéniques spectaculaires. Leur architecture répond, sans cesse, d’un «univers de scène». «Voilà pourquoi nous utilisons souvent des échafaudages. Ils correspondent à la temporalité d’un événement circonscrit dans le temps», explique Pier Schneider.

De nuits blanches en concerts, d’expositions en spectacles, 1024 décline son art visuel… mais aussi sonore. Les deux associés produisent en outre leur propre musique et l’exposition Electro fait l’objet, de temps à autres, d’un «reboot», bref morceau permettant le passage à un autre «mix» de Laurent Garnier qui a imaginé pour l’événement parisien une «bande-son» de près de six heures.

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«La musique est une longueur d’onde qui se diffuse dans l’espace et nous cherchons, dans notre travail, à l’associer à la lumière. Nous parlons de ‘spatialisation sonore’ et nous étudions avec l’IRCAM la manière de produire des sons en jouant des positions dans l’espace», expliquent les deux architectes.

1024 travaille dès lors à une «dimension totale» au même titre, peut-être, que le groupe allemand Kraftwerk, pionnier de la musique «industrielle» dont les concerts sont autant de spectacles immersifs. «Ils ont été les premiers à avoir mis en espace, sinon en volume, la musique par des animations 3D. Ils vont prochainement se produire à la Philharmonie de Paris avec un dispositif sonore ambisonique», explique Pier Schneider.

...ambisonique, dites-vous ? «Il s’agit de modifier les fréquences pour faire croire que le son vient d’ailleurs», explique François Wunschel. 1024 élabore, à partir de ce même dispositif, un projet avec le compositeur italien Matteo Franscechini. Intitulé OPUS, coproduit par l’IRCAM, les petites heures et 1024, il sera présenté à la Scala de Paris les 22 et 23 juin 2019.

Le propos – très «minimal» selon ses concepteurs – porte sur la notion de perspective. Les deux architectes s’inspirent pour l’occasion des primitifs italiens mais usent aussi de logiciels de captation 3D utilisant une technologie dite de «photogrammétrie». «Ce sont des relevés photo-topographiques en 3D que nous réalisons à l’aide d’un drone. Les scan 3D génèrent des ‘models’ de nuages de points que l’on vient ensuite déformer selon les ondes sonores», explique Pier Schneider. Les éléments scannés pour ce projet ? Des paysages naturels, des architectures classiques et des «incompiuti», ces constructions, en Italie, qui restent inachevées et abandonnées...

«Nous avons pour intention première de déformer et faire vibrer ces fragments d’architecture et de paysage pour faire vivre et incarner la musique dans l’espace», résument les deux associés. L’enjeu est de «pousser au maximum la synchronicité entre son, image et espace».

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Au sein de l’exposition Electro, 1024 a imaginé une œuvre spécifique : CORE, littéralement le coeur, le noyau. L’installation propose de «mettre en volume et lumière la bande-son de Laurent Garnier». Le cube de 3x3x3 mètres composés de 81 barres LED inclinées à 24 degrés est un «territoire d’interprétation et d’oscillation de la musique mise en lumière volumique».

S’adapter à six heures de mix n’était pas une mince affaire et le duo évoque volontiers la manière dont il travaille. «Pour Square Cube – un projet fondateur pour le duo 1024 mais aussi pour Etienne de Crécy producteur de musique électronique qui a tourné dans le monde entier dans ce ‘cube augmenté’ pendant presque 7 ans- nous avons ‘détricoté’ chaque morceau pour créer des ‘patterns’ visuels qui correspondent à des boucles sonores» précise-t-il.

Pour la conception d’installations mais aussi de scénographie, 1024 utilise les logiciels idoines, Ableton Live notamment, «le photoshop du musicien». «Nous développons aussi des programmes informatiques spécifiques, en fonction des besoins propres à chaque projet», disent-ils.

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Pour CORE, deux programmes de leur conception ont été utilisés : ZONK et Madmapper. «Le contenu est généré sur ZONK puis diffusé et mappé sur les barres LED avec Madmapper. Nous créons d’abord sur ZONK des ‘shaders’ graphiques en 3D qui génèrent des comportements visuels dynamiques et sono-réactifs. Cette matière visuelle est ensuite projetée et spatialisée sur l’installation grâce à MadMapper», indiquent-ils.

Les deux logiciels sont commercialisés. «Il s’agit à la fois de financer leur développement mais aussi de réunir une communauté d’utilisateurs venant d’univers graphiques et artistiques différents. Cela nous permet de découvrir d’autres usages potentiels mais aussi d’identifier les sources et pistes d’évolutions possibles pour que cet outil soit de plus en plus efficace», affirment-ils.

Pier Schneider et François Wunschel témoignent ainsi d’un savoir-faire original et démontrent surtout combien il existe toujours, en architecture, de territoires à découvrir mais aussi à développer. De quoi éveiller, plus encore, un enthousiasme contagieux. Lumière !

Jean-Philippe Hugron

Réactions

lu | 16-05-2019 à 12:10:00

L'événement n'est pas inédit. Jean-Yves Leloup était déjà le commissaire de l'expo Electrosound présentée en 2016 à la Fondation EDF. Même propos historique, mais bien entendu pas la même scéno et pas le son non stop qui fait d'Electro une immersion sans pareil !

messire | 16-05-2019 à 08:42:00

encore faudrait il qu'il s'agisse d'architecture....travail intéressant mais a moins de ne voir aucune frontière entre les expressions créatives on est assez loin de l'architecture..

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