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Compte-rendu | Notre-Dame, le débat est-il éteint ? (05-06-2019)

Depuis l'annonce fracassante d'un concours d'architecture pour la restauration de Notre-Dame, la querelle des modernes et des anciens semble étrangement révolue. Après avoir été excitée par quelques propos inconscients appelant, sur les ruines fumantes d’une cathédrale, à ériger une flèche de titane ou de verre, la discussion s’essouffle désormais progressivement derrière l’unanimité – factice ? – qu’éveille une restitution à l’identique. Une table ronde organisée à l’Académie d’Architecture le 28 mai dernier en témoigne ouvertement.

Notre-Dame de Paris | Académie d'Architecture | France

L’affiche était belle. La salle était donc comble. Autour de la table, architectes, représentants de la vie publique et religieuse mais aussi philosophe : Monseigneur Olivier Ribadeau-Dumas, secrétaire général de la conférence des évêques de France, Anne Brugnera, députée, rapporteure, Françoise Gaillard, philosophe, Jean-Paul Viguier, architecte, ancien Président de l'Académie d'Architecture, Bruno Decaris, Architecte en Chef des Monuments Historiques, Benjamin Mouton, architecte, ancien Président de l'Académie d'Architecture, ancien Architecte en Chef des Monuments Historiques en charge de Notre-Dame.

Après plus de deux heures d’échanges passionnants, le débat tant attendu n’a pas eu lieu. Tout le monde s’est étrangement accordé pour défendre l’idée d’une restauration à l’identique de Notre-Dame soutenue, quelques jours plus tard, par Philippe Villeneuve, ACMH en charge de la cathédrale parisienne. Si quelques voix se sont émues, dans l’audience, de l’opportunité d’une «page blanche», aucune n’a eu l’audace d’exprimer une opinion en faveur d’une construction nouvelle. La messe serait-elle dite ?

Il faut reconnaître que les Fuksas et autre Wilmotte, qui, au lendemain de l’incendie, se sont exprimés sur les ondes ou dans les journaux, ont paru un tantinet ridicules. Ils sont, de fait, souvent moqués et raillés et personne n’ose depuis, sur leurs pas incertains, franchir le rubicon.

Et pour cause, tout argument en faveur d’une nouvelle flèche souffre de faiblesse. L’achèvement d’une cathédrale ne s’improvise pas.

Quoi qu’il en soit, à cette querelle, qui, pour le moment, paraît essoufflée, succède une nouvelle polémique, «la loi d’exception». L’Académie d’Architecture a donc pris le juste parti d’inviter la députée «rapporteure» de cette commission, Anne Brugnera.

«Nous avons plusieurs objectifs : créer une souscription nationale, mettre en place une exonération fiscale pour les dons inférieurs à 1 000 euros, mettre en place les conditions d’une transparence dans l’utilisation des fonds», débute-t-elle.

Anne Brugnera appelle alors «à la prudence» car il ne s’agit pour l’heure que de «promesses de dons» : «celles des collectivités et des entreprises arriveront plus tard». Ou peut-être jamais...qui sait ?

En outre «ces dons ont fait naître des envies. Nous devons en conséquence veiller à respecter la volonté des donateurs», dit-elle.

«L’article 8 prévoit la création d’un établissement public, reprend-elle. Elle semble discutable mais elle est une garantie de transparence, du moins, à condition d’y adjoindre les professionnels et les architectes», précise-t-elle.

Enfin, l’article 9, le plus sensible, prévoit l’autorisation de légiférer par ordonnance pour déroger aux règles. «Si cela se trouve, nous n’en aurons pas besoin», dit-elle sans évoquer le précédent juridique et ses possibles dommages…

Pour conclure, Anne Brugnera se refuse d’émettre un avis sur une restauration à l’identique. «Ce n’est pas aux députés de trancher cette question», affirme-t-elle. Mais à qui revient-elle alors ?

Françoise Gaillard, philosophe, convoque, pour tenter de répondre, les thèmes de la «mémoire», de «l’authenticité» et du «sentiment patrimonial».

Pour s’en convaincre, elle cite Victor Hugo et, justement, Notre-Dame de Paris : «L’architecture a été jusqu’au quinzième siècle le registre principal de l’humanité, que dans cet intervalle il n’est pas apparu dans le monde une pensée un peu compliquée qui ne se soit faite édifice, que toute idée populaire comme toute loi religieuse a eu ses monuments : que le genre humain enfin n’a rien pensée d’important qu’il ne l’ait écrit en pierre. Et pourquoi ? C’est que toute pensée, soit religieuse, soit philosophique, est intéressée à se perpétuer, c’est que l’idée qui a remué une génération veut en remuer d’autres, et laisser trace.»

«Après cela, j’ai envie de me taire», dit-elle. Néanmoins, très vite, la philosophe évoque le cas du World Trade Center à New York. «Les Etats-Unis se sont rapidement exprimés en faveur d’un nouvel ensemble de tours», affirme-t-elle.

Elle blâme ensuite nos sociétés «jeunes» dont la conscience est «floue» sinon «des-historisée» ; elle reconnaît cependant que «l’émotion à l’égard du patrimoine palpite encore». En ce sens, elle assure qu’une «reconstruction doit entretenir cette palpitation».

«Je m’élève contre le geste narcissique», lance-t-elle. Elle rappelle alors, en citant les propos de Malraux, que l’appréciation de Notre-Dame relève aujourd’hui d’un mouvement basculant de «la vénération du sacré à l’admiration esthétique».

«Notre Dame est dans notre musée imaginaire», affirme-t-elle avant de «plaindre l’architecte qui sera, in fine, retenu».

Pour Benjamin Mouton, Architecte en Chef des Monuments Historiques en charge de Notre-Dame de 2000 à 2013, la cathédrale est «une leçon d’architecture où l’oeuvre prime sur ses créateurs».

Pour faire écho au propos de Françoise Gaillard, il présente le lieu sacré comme autant «d'authenticités assemblées». Cependant, il s’interroge : «quand l’authenticité s’arrête-t-elle ? Est-elle seulement matérielle ? Peut-elle être immatérielle ?»

L’ACMH invite aussi à la prudence : «ne séparons pas, non plus, la charpente du reste de l’édifice. Nous avons besoin structurellement d’une toiture lourde», dit-il. Il en va de l’équilibre d’une construction arc-boutée.

Enfin, à ses yeux, «Notre Dame est une icône qui ne nous appartient plus». «Notre responsabilité est d’en rétablir l’intégrité. C’est ce que nous ordonne l’humanité. Par une restauration à l’identique, la France se singularisera par sa sagesse», pense-t-il.

Bruno Decaris, lui aussi Architecte en Chef des Monuments Historiques, abonde dans ce sens : «Aimer l’architecture, c’est la révéler ; si les dômes de Saint-Marc à Venise s’effondraient, nous souhaiterions qu’ils soient refaits à l’identique. Nous n’avons pas à modifier un monument pour des raisons touristiques et médiatiques», affirme-t-il.

En outre, «les documents et relevés de la charpente autant que ceux de la flèche, tous réalisés avec une précision jamais égalée, ne laissent aucune place à l’hypothèse», poursuit-il. Si un parti contemporain pouvait, à son sens, se justifier au regard d’un manque d’informations, il est ici logiquement condamné.

En conséquence, il dénonce «le culte de l’urgence» et appelle à se «consacrer davantage à l’immatérialité».

Jean-Paul Viguier assure la transition mais élude la question de la reconstruction à l’identique ou non. Il faut, pour lui, «réinvestir le territoire de l’Ile de la Cité et que le public lui redonne du sens», dit-il.

Il invite en outre les pouvoirs publics «à remettre la cathédrale dans la fabrication de la ville» et rêve d’un chantier qui puisse être visible par tout un chacun. «Nous apprenons tous des cathédrales», affirme-t-il.

Enfin, pour l’homme d’église, rien n’est vraisemblablement tranché. Il évoque tour à tour «transmission» et «perfection». Il lui importe surtout «la question du sens et du sens de Notre-Dame ». Et de proclamer que «le génie se mesurera à la façon de faire».

Jean-Philippe Hugron

Réactions

Pierre | Architecte | Rhône-Alpes | 06-06-2019 à 10:47:00

Beaucoup de verbiage dans les avis donnés....
Mais pour l'essentiel, je me félicite d'une sagesse louable, par rapport à toutes les idées farfelues émises à chaud par des personnes plus ou moins responsables voir incompétentes

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