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Cahier Spécial - Shanghai

Portrait | Archiplein, une agence suisse aux yeux d'Asie (17-11-2010)

S'implanter en Chine ? Archiplein a osé. Pour relever les défis posés par une société où l'argent règne en maître, les cinq associés (Marlène Leroux, Francis Jacquier, Fang Wei Yi, Feng Yang et Wang Mingbo - elle et quatre lui -) proposent, à l'ombre des platanes de la concession française, une symbiose architecturale et urbaine. L'agence sino-helvétique nous ouvre ses bureaux shanghaïens. Portrait.

Shanghai | Archiplein

De l'Ecole d'Architecture de Lille jusqu'à l'école polytechnique de Lausanne, événements et circonstances ont tracé un réseau transcontinental. «Nous nous sommes connus en France et en Suisse», raconte Wang Mingbo. Cinq associés, cinq rencontres ; deux Français, trois Chinois.

Une adresse à Shanghai aussi, la concession française. Il n’y a pas de hasard. Né en 2007, Archiplein se développe parallèlement en Suisse et en Chine.

Le porche franchi, le petit jardin traversé, quelques marches en contrebas et l'univers d'Archiplein se présente en une délicieuse intimité contrastant avec les fastes verticaux d'une ville expansive.

Offert à toutes formes d'expressions, tant qu'elles sont au feutre véléda, l'un des murs affiche mots et schémas à demi effacés. Seul, au milieu, épargné, encerclé même : TABULA RASA.

Dans les étagères, Pirandello, Sade... des livres d'archi bien sûr... Certains arborent encore les étiquettes jaunes de Gibert Jeune. Quelque chose de familier... enfin.

Alors globale, internationale, multinationale ? Peut-être. Syncrétique, l'agence mélange les influences plus qu'elle ne les juxtapose. La présence chinoise d'Archiplein confronte le difficile idéal sino-européen à la rudesse d'un système fermement gouverné, par les enjeux économiques entre autres.

«Depuis dix ans, une loi permet la constitution de bureaux privés en Chine. Après l'ouverture du pays, les architectes étrangers ont été les bienvenus, à condition qu'ils acceptent de travailler avec des architectes d'Etat», indique Wang Mingbo.

«Notre agence est suisse, aussi n'avons-nous pas le droit de signer les plans d'exécution et sommes dans l'obligation de collaborer avec les agences d'Etat et ses architectes, qui sont donc des fonctionnaires, mais la situation change progressivement. De plus en plus, ces agences se positionnent entre le gouvernement et le secteur privé et adoptent des méthodes entrepreneuriales. Quoi qu'il en soit, il nous faut travailler avec ceux qui possèdent le tampon*», dit-il.

02(@Archiplein)_S.jpgCes associations, parfois contraignantes, mettent en lumière des dynamiques opposées dans les domaines de l'architecture et de l'urbanisme. Les 'institutions' d’Etat font plus de projets qu’Archiplein. «Elles savent ce qu'attendent les clients et s'adaptent à la demande. La logique sous-jacente est toujours politique et économique et revient à la manière de faire le plus d'argent possible à partir d'un projet. En Europe, la culture, le contexte social ou le développement durable sont des préoccupations plus récurrentes», constate Wang Mingbo. «Nous ne sommes pas enregistrés en Chine pour le moment», précise-t-il.

Pour ce faire, il faudrait que l'un des associés soit reconnu «architecte» selon la réglementation chinoise, sachant que ce pays aux 1,3 milliard de citoyens ne compte que 30.000 architectes. «Il y a obligation de passer différents examens particulièrement difficiles», confie l’architecte. Les ‘agences’ d'Etat sont l’objectif d’ambitieux lauréats, semble-t-il.

Cela écrit, l'agence est ouverte aux opportunités d’un marché florissant. Alors qu'émergent localement de nouvelles structures indépendantes, la chance est offerte à de jeunes architectes, étrangers et/ou chinois de s'implanter à Shanghai.

03(@Archiplein)_B.jpgChoix stratégique ? «Le réseau social est fermé à Pékin, il est avant tout politique. Shanghai est davantage commerciale et cosmopolite. De plus, nous y avons déjà des contacts», résume Feng Yang.

Parfois, c'est au détour des Alpes, en Suisse, qu'Archiplein trouve ses clients chinois. Pour l'un d'eux, l'agence réalise à Kunshan Haokang, une petite ville à 40 kilomètres de Shanghai, un ensemble de trois immeubles de bureaux. «Le système élaboré est simple, économe et véhicule une identité forte», explique Yang.

Aux questions architecturales, Archiplein, lauréate d'Europan 9, ajoute ses préoccupations urbaines, lesquelles représentent plus de la moitié de l'activité de l'agence. Dans le cadre d'une compétition organisée par la ville de Wuhan, l'agence élabore un 'projet d'urbanisme conceptuel'. «Par rapport à la situation européenne, les concours en Chine nécessitent une énorme quantité de travail et de matière», précise Mingbo en montrant un livre épais à la mise en page soignée : le projet.

Riche de leurs cultures, avec le respect dû au contexte, ces associés appréhendent le projet par le vide - «la première étape» - préféré au concept de structure, plus européen. Intervient ensuite une réflexion sur la densité, qui, selon l'architecte, est de deux types : la densité de population et la densité du bâti. Selon lui, «ces deux densités se rencontrent et créent des conflits».

Aussi, plus qu'un plan, les associés d'Archiplein élaborent «un mode de développement» contraint. «La gestion politique des habitants implique différents niveaux administratif et politique. Il existe trois unités : le groupe de logements (zutuan - env. 1.000 habitants), le quartier de communauté (Xiaogu - de 3.000 à 5.000 habitants -) et la grande résidence (juzhugu - 20.000 habitants -)», explique Feng Yang.

04(@Archiplein).jpgChaque projet se doit d'équilibrer les propositions et les exigences du marché. Ici, le dessin imaginé pour la ville de Wuhan tente la création d'une échelle humaine. «Les tours sont une obligation car elles rapportent plus aux promoteurs. Leur densité autorise la rentabilité d'une opération», expliquent les architectes. Les immeubles bas sont un luxe.

«Il est inévitable d’être confronté à certaines réalités», disent-ils. «Notre objectif n'est pas d'être une entreprise pour produire de l'architecture. Nous souhaitons créer et apporter une réflexion».

La Chine laisse des interstices aux idées nouvelles.

Archiplein en a.

Jean-Philippe Hugron

*le tampon est un sceau qui, en Chine, encore aujourd’hui, permet d’authentifier les documents (NdA)

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