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Cahier Spécial - Shanghai

Rencontre | Zhang Bin ou l'introspection critique (17-11-2010)

Zhang Bin, le fondateur de l'Atelier Z+, propose à travers ses projets une vision critique de l'architecture contemporaine chinoise. «Comment me redéfinir moi-même ?», dit-il. «Je veux créer mes propres armes ! L'Europe se caractérise par la permanence et la continuité quand la Chine évolue par à-coup. En quoi puis-je dire que je suis chinois ?». Portrait.

Shanghai | Bin Zhang

Zhang Bin, la quarantaine, représente à lui seul les problématiques d'une jeune génération montante d'architectes en Chine. Sa quiétude caractéristique exprime tant son assurance que sa confiance en l'avenir. Parfois, il évoque un sentiment de frustration que jamais ni sa voix ni son visage n'expriment. Tout dans son attitude respire la jeunesse et la fraicheur de ses positions.

Depuis son agence installée au deuxième étage d'un building résidentiel d'un quartier tranquille de Shanghai, Zhang Bin conçoit ses «maisons». «Nous n'avons qu'une typologie, la maison. Tout peut-être considéré comme une maison : un temple, un palais, un commerce. Un espace de bureaux peut être organisé comme une maison. Il n'y a pas de style, il n'y a pas de hiérarchie, toutes les parties ont la même importance», explique-t-il.

Pas de style. Les murs sont en béton brut, les maquettes s'entassent. La fenêtre entr'ouverte laisse entrer le bruit d'une ventilation. L'orage approche, la ville est calme et reste active en cet après-midi dominical. Sur sa carte de visite : ZHANG Bin, principal Architect. Sous son égide, une dizaine de collaborateurs.

«Nous travaillons toutes les échelles, nous nous essayons à l'urbanisme mais nous privilégions les projets de petite ou de moyenne taille», indique-t-il. Une taille moyenne, en Chine ? 10.000m².

«J'aimerais construire ma propre maison. Elle aurait une cour, des cloisons amovibles et il n'y aurait plus aucune différence entre l'intérieur et l'extérieur. Je partage ce désir avec nombre de chinois, un désir contrarié par le marché de la promotion», confie-t-il.

L'économie et ses règles asservissent donc l'idéal chinois et lui impose les images nouvelles, importées, d'une modernité allogène. «Nous devrions créer à partir de notre propre sensibilité. Nous devons rediscuter notre spécificité», affirme-t-il.

02(@ZhangBin)_B.jpg«Laide mais fascinante» selon lui, Shanghai dont il est natif porte en elle l'évolution d'un pays. Ses métamorphoses compromettent pourtant l'identité chinoise et accusent la perte d'une spécificité locale.

«Nous n'apprenons qu'à travers les livres, notamment deux livres, l'un abordant l'architecture occidentale, l'autre, chinoise. J'ai eu la chance d'arrêter». Zhang Bin relate son passage à Paris permis par le programme '150 architectes chinois en France'. «Ce séjour d'un an a été l'opportunité de nouvelles observations. J'ai été enthousiasmé par mes visites». Chaque bâtiment était l'occasion pour l'architecte d'une «rencontre». Aussi, 'lie-t-il connaissance' avec Jean Prouvé, figure incontournable qui fut le sujet de son mémoire de recherche.

Il 'rencontre' également Jean Nouvel... mais «bien avant d'arriver en France, avant même qu'il ne devienne une superstar». «Il est atypique», assène-t-il. Pour l'extension de l'Ecole d'Architecture de Tongji, sa première réalisation, Bin Zhang cherche «une sensation de vertige», une idée qu'il emprunte à Jean Nouvel «qui sait jouer avec la société du spectacle en manipulant les perceptions spatiales».

03(@ZhangBin)_B.jpgJouer de la société ou se jouer de la société, programme ambigu pour un architecte en proie aux questionnements identitaires. «Le sujet est notre culture, détruite, au début du siècle, par une modernité importée. Ce sujet ne concerne pas seulement l'architecture mais le peuple chinois entier. Dès 1900, nous nous sommes interrogés sur la manière de créer une nouvelle nation. Non n'avons pas encore de réponse pour que tous les chinois puissent partager les mêmes valeurs mais nous cherchons un moyen d'avoir une relation forte avec notre culture et l'ensemble de nos références», précise-t-il.

«Nous mélangeons tout depuis trop longtemps. Nous n'avons pas de pensée indépendante et faisons tout comme les Américains et les Européens. Ce n'est pas une simple question de forme et d'idée, c'est en deçà même de l'idée. D'ailleurs, la forme et l'idée sont, en Europe, une tradition. Dans notre culture, le système constructif présuppose davantage la compréhension de l'être humain et sa relation à l'environnement. Il n'y a pas à proprement parler de discipline architecturale en Chine. A ce propos, au début du XXe siècle, tous les mots et concepts architecturaux vennaient du Japon, un pays qui a la capacité d'absorber l'Occident, aujourd'hui encore», explique-t-il.

04(@ZhangBin)_B.jpgDe fait, Zhang Bin tient en exemple le Japon et observe avec attention les architectes nippons. Selon lui, le système chinois doit s'inspirer du modèle japonais qui, à partir de concepts occidentaux, crée de nouvelles expériences et de nouvelles références. Plus que la simple reproduction, l'assimilation est un objectif.

«Le concept de modernité est encore en débat. Chaque discipline s'y retrouve confrontée sans qu'elle ne soit ni finie, ni fixée», rappelle-t-il avant de préciser qu'il «est difficile de nourrir une pensée. Nous gaspillons de nombreuses opportunités de penser l'architecture chinoise contemporaine».

«Nous pouvons innover sans nous focaliser sur la forme. Nous devons penser une méthode. L'architecture est le lien entre des opérations physiques et des opérations intellectuelles. L'architecture est ce long chemin entre ces deux éléments. En Chine, la création d'une forme appartient au registre de la construction, elle n'a pas de relation avec la société. Nous créons aujourd'hui des formes en vue de les consommer», indique-t-il encore. Critique, il dénonce «la liberté de gaspiller l'argent» et «l'architecture comme un média entre le capital et le pouvoir».

La tentation des apparences est grande mais la défiance envers formes et effets de façade marque les premières réalisations de Zhang Bin, particulièrement l'extension de l'école d'architecture de Tongji. «Une compétition avait été organisée à l'école entre différents groupes associant plusieurs enseignants. Notre projet a été sélectionné parmi quinze autres. Nous proposions de positionner tous les ateliers au sud comme une collection d'unités identiques», explique-t-il.

«Le sud constitue la meilleure orientation à Shanghai. Elle assure luminosité et ventilation et offre de bonnes conditions physiques. Ce choix est fort et s'ancre dans la réalité. A partir de là nous avons adopté une logique spatiale et non une logique de façade», ajoute-t-il.

05(@ZhangBin)_B.jpgLe second projet de l'Atelier Z+ amène la réflexion sur le thème des représentations. Le centre sino-français de l'université de Tongji propose d'équilibrer les objectifs politiques et architecturaux. «Il est particulièrement compliqué de donner dans la symbolique», assure l'architecte. Pour répondre à l'ambition binationale du projet, Bin Zhang suggère l'idée de «juxtaposition à la manière de deux mains jointes». «Ce n'est pas un symbole, c'est un système spatial assuré par deux structures différentes», poursuit-il. Mais les difficultés financières obligent l'architecte à renoncer aux différences structurelles pour lui préférer une différence matérielle plus raisonnable. A noter, seules deux années séparent le premier coup de crayon de la livraison : «un délai normal en Chine».

«Nous construisons toujours rapidement. Nous travaillons en collaboration avec d'autres agences pour atteindre les objectifs fixés. Par ailleurs, nous concevons nos projets pour des environnements types», indique l'architecte.

Qu'en est-il alors du contexte pour cet amateur de Nouvel ? «Le contexte est différent en Chine. En Europe, il est inextricablement lié au temps long. La difficulté en Chine est de prévoir», dit-il.

Rétrospection? Non. Introspection.

«Il est facile de tout détruire et je ne suis pas pour autant nostalgique. Je cherche juste à me redéfinir moi-même», conclut-il.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

apgancar | 06-03-2014 à 07:46:00

Très intéressant. Bel article

Carol

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