vmz

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Cahier Spécial - Shanghai

Chronique | Shanghai 2010, urbi et orbi ? Pas vraiment ! (17-11-2010)

La Chine s'ouvre au monde, elle s'occidentalise, Shanghai 2010 le prouve. Nenni ! Davantage parc à thème et démonstration de force, l'événement invite d'abord le peuple chinois à découvrir le monde. Manifestation d'une société consumériste, l'exposition universelle se répand en images, icônes et clichés. Expérience.

Shanghai

Se réveiller, marcher, lutter, bouger... Direction l'exposition universelle de Shanghai. Oui, mais comment ? Le métro n'indique rien, le site est pourtant desservi par trois arrêts. In extremis, une discrète carte laisse apparaître après quelques noms de stations un petit Haibao, la mascotte officielle de l'exposition.

Au sortir de la ligne 8, rien ne présage encore l'expo. Aurait-elle finalement lieu à Beijing ? A l'horizon, complexes résidentiels de grande hauteur, larges avenues, viaducs. L'entrée est juste derrière, sans emphase.

«Un pass pour trois jours, s'il vous plait». Toutes les caisses sont ouvertes, il est 13h00, mais à cette heure, tout le monde est déjà à l'expo. La guichetière lève les yeux, comprend mal l'anglais. Elle indique un «volontaire», plus loin. «Volunteer ! Volunteer !».

Le dit volontaire s'incline. «Pour un pass trois jours, adressez-vous à une banque». A une banque ? Oui. Où ? Un peu plus loin.

Beaucoup plus loin, d'autres volontaires groupés. Pour un pass de trois jours : allez au guichet ! Ah ? Vous savez où est la banque la plus proche ? Oui, un peu plus loin.

Le soleil de midi cogne, l'humidité est à son comble. Un mirage, une banque ! Pour un pass de trois jours ? «Nous n'en avons plus, allez voir à la billetterie de l'expo».

Une mise en jambe administrative qui mérite récompense. Arrêt dans une épicerie. Une bouteille de coca, deux bouteilles d'eau; l'après-midi sera longue. Retour au guichet donc. Un billet s'il vous plait. Xièxiè.

Better City Better Life. Pas de cigarette, pas d'objet coupant, pas d'armes, pas d'explosif... et pas de liquide. Aussitôt achetées, aussitôt jetées.

Pour que l'exposition universelle soit mémorable, on lui confère des dimensions mémorables. Y compris pour les pieds. Les espaces sont vastes, parfois déserts. Où sont donc les 427.900 visiteurs recensés ce 30 juin ?

A Pudong et non à Puxi. L'événement s'étale de part et d'autre du fleuve et la rive gauche du Hangpu n'est qu'un monumental échantillon du reste de l'exposition. Les bus se suivent, mais les visiteurs se les arrachent en une bousculade ordonnée. En route pour Pudong.

02(@JPHH).jpgL'allure lente du bus présage une «better city» moins polluée... et puis Shakira divertit ses passagers. «Waka !». Dieu que c'est long.

Arrivé de l'autre côté, enfin. Là, des boîtes, des boîtes et encore des boîtes. «This time for Africa». Boîte ONU. Boîte Pacifique. Où sont les pavillons sexy ? Là bas... plus loin encore. La chaleur harasse. A l'ombre des autoponts et des promenades surélevées, la foule est grouillante. A dix mètres au dessus des têtes, la sous-face de l'infrastructure. Psshiiiit, des brumisateurs. Aussitôt vaporisée, aussitôt évaporée. Better life.

Bon. Et maintenant, comment réagir face à la profusion ? Que voir en premier ? Quelle priorité ? Eh, petit visiteur, tu crois pouvoir choisir ? Exit le libre arbitre ! Les files d'attente décident de tout... la patience avec. Mise à rude épreuve, elle peut être soumise à des attentes de deux, trois heures... plus encore ! Chacun est prévenu.

03(@JPHH)_S.jpgRésigné, le visiteur jauge le temps à perdre. Pas mal ce pavillon serbe. Quinze minutes d'attente. Vraiment pas mal ! Economie de temps à l'intérieur aussi, la visite durera 5 minutes. Un dancefloor multicolore, des mécanismes de carton et au plafond, les distances qui séparent Belgrade du reste du monde. Solitude.

En face, la joute des pavillons prend forme. Guggenheim en osier, panier à salade et bol à nouilles géant, cube à facettes, rond anguleux, triangle à quatre côté... tout tout tout vous saurez tout sur...

Le vrai, le faux, le laid, le beau. STOP. Si d'aucuns pensent qu'il y a des pavillons à Shanghai, ils se trompent. Il y a un pavillon. Quatre séquences : entrée, rampe, exposition, boutique - avec parfois de rares différences entre l'exposition et la boutique - le tout habillé différemment. Collection 2010, effet plastique d'abord !

04(@JPHH)_S.jpgIl y a ensuite deux types de pavillons : les généreux et les forteresses. La plupart ne s'offrent au visiteur qu'une fois à l'intérieur. D'autres proposent des espaces libres, offerts à la déambulation ou à la détente, sans avoir à attendre des heures durant. Le pavillon néerlandais devient une aire de pique-nique, le pavillon mexicain, une aire de repos.

Imprenable, le hérisson anglais surgit. Apothéose de l'objet, point d'architecture ici. Le bijou est dans son écrin, derrière une muraille imprenable. Insulaire jusqu'en Chine, le Royaume-Uni.

La zone européenne fatigue d'exubérances. La surabondance de micro-événements annihile le tout. Regardez-moi, désirez-moi... photographiez-moi ! La vie est combat.

Bien sûr, isolement, comme sur papier glacé, ils sont beaux. Mais d'ailleurs à regarder les images d'expositions révolues... Paris 1889, Paris 1900... Pourquoi avoir détruit tant de splendeurs ? La réponse est pourtant logique : carton-pâte ! Idem à Shanghai. Attention structure inflammable prévient le pavillon espagnol.

Surprise, certaines réalisations se démarquent. Le Chili, sobre et discret, à l'allure post-industrielle n'attire pas les foules. Pas assez clinquant et pourtant.

Il sera le théâtre d'une rencontre occidentale. Entre européens, nord américains, australiens... entre blancs... On s'épie, on se regarde en chien de faïence. L'exposition s'adresse aux Chinois ! Pas au monde. Universelle... oui, l'univers s'invite à Shanghai pour les plaisirs d'une nation florissante.

05(@JPHH)_S.jpgBref... «Il fait chaud, n'est-ce pas ?». La conversation s'engage. Elle travaille à Beijing et visite pour la première fois Shanghai, «une ville trop américaine» à son goût. Premiers indices d'une rivalité urbaine.

Après le Chili, la France... Oui, une simple carte d'identité française constitue un passe droit. Puis le pavillon slovène... Ici, pas besoin de papier, personne ne le visite sauf par charité. Puis l'Argentine, la Tunisie, l'Egypte... Toujours le même phénomène. Une fois rentré, le visiteur est quasi-immédiatement sorti... ou presque. Qu'importe les photos de Ljubjana et le tango virtuel. Une deuxième queue s'organise, incompréhensible, à la sortie.

Une seconde visite à l'exposition offrira la réponse : le passeport de l'exposition, 30 yuans. Pour donner l'illusion de voyage aux visiteurs, probablement condamné à rester dans les frontières de son pays, les boutiques de souvenir vendent de faux passeports à faire tamponner à chaque pavillon !

Zou, passeport en poche, jouons au jeu des tampons. Bam, bam, bam. Autriche, Vietnam, Jordanie, Osaka, Izmir, Alsace, Barcelone... le même rituel à chaque fois : un tampon sur une page ouverte.

Au pavillon pékinois, à la page ouverte, le préposé au tamponnage refuse de s'exécuter. Nouvelle page, nouveau refus. S'emparant du passeport, il l'ouvre à la page de garde : «Beijing est la capitale, Beijing est en première page». Sans rire.

Loin des pavillons nationaux, loin de ces déclinaisons de rampes en tout genre offrant au regard les pires clichés imaginables... la France, la tour Eiffel, Hypergreen (sic), Vuitton... L'Italie, la Renaissance, les pâtes, la mode... Rien de technique ni de technologique, meilleure vie meilleure ville, un temps le slogan de Monop', n'est jamais traité. Au mieux, les pavillons sont de mauvais offices de tourisme. Bref, loin de ces caricatures, de l'autre côté du fleuve, les pavillons thématiques chinois et les pavillons ou stands dévolus aux villes contrastent.

L'architecture est moins gesticulatoire. Madrid, Londres, Hambourg, entre autres, proposent leur vision du logement. La capitale espagnole va jusqu'à reproduire deux structures symboliques de la ville : un immeuble de Foreign Office Architects et un ‘air tree’, lieu de rassemblement énergétiquement autonome, conçu par Ecosistema Urbano Architects. L'exposition présente l'urbanisme de Madrid à l'instar de Londres qui affiche, exemplaire, le quartier Bedzed. Better City, enfin.

Présence minimale pour Paris. Un stand boudé accueillant le visiteur par une tour Eiffel. On y expose la Tour Triangle et une créatrice de mode inconnue au bataillon. Flop.

Enfin, une vraie surprise. Le pavillon de Ningbo Tengtou conçu par Wang Shu. Tout au fond, loin de la foule, personne ne s'y presse. La signature de l'architecte est palpable. L'accumulation de briques et de tuiles récupérées, le jeu raffiné des références à la tradition, béton et bambou évoquent le musée historique de Ningbo dont il est également l'auteur.

07(@JPHH)_S.jpgAu sommet du pavillon, un jardin. La nuit tombe, une brume artificielle se lève, les papillons voltigent. Les tonalités d'un piano se mélange à quelques sourds vrombissements interrompus par le bruit d'un orage. Enclave de poésie, cette cour laisse apparaître, par delà les murs de briques, les tours de logements voisines. Coprésence incongrue, l'émotion que suscite le lieu n'en est que plus forte.

A 20h00, les allées de l'exposition se vident. Jusqu'à 22h00, les files d'attente s'amenuisent, disparaissent. Les pavillons s'offrent au pas de course. Retour en Europe, l'exposition regagne ses allures de parc d'attraction que le téléphérique du pavillon suisse ou la 'rue joyeuse' du pavillon hollandais confirme.

Au loin, le pavillon chinois, inaccessible sans billet spécial délivré gratuitement en début de journée, domine le paysage. Sans la force d'une tour Eiffel, d'un Cristal Palace, ni même d'un Atomium, il restera le témoignage principal de l'événement et ce, dans l'ombre de Beijing.

Exposition sans monument donc, apologie de l'instant et du mouvement, consommation de formes et d'objets, Shanghai 2010 s'efface. Ce 31 octobre, le rideau est tombé.

Jean-Philippe Hugron

Réagir à l'article


tos2016
vz

Présentation |Manuelle Gautrand. Avant / Après

Ce qui est fait, est fait. Manuelle Gautrand n'apprécie pas, à proprement parler, les retours en arrière. A Béthune, elle y était pourtant contrainte et forcée. L'architecte devait en effet penser l'extension...[Lire la suite]

vz

Présentation |Quatre architectes en matière d'ornement

Sans pudeur, ni faux-semblant, pas même retranchée derrière un sigle, pire encore un acronyme barbare, l'agence signe Boyer-Gibaud-Percheron-Assus-Schertenleib ! A Céret, elle a livré en avril 2014 une nouvelle salle...[Lire la suite]


vz

Présentation |Un Musée Palestinien !

La politique par la pierre. Le premier réflexe d'une nation est souvent d'ériger un musée à sa gloire, un «musée national». Tel fut le cas au XIXe siècle mais aussi au XXe siècle, tout...[Lire la suite]

vz

Visite |Le Mécano de flint

A La Courneuve, dans les ruines de l'ancienne usine dénommée Mécano - dont il ne restait que quelques piles, deux-trois plateaux et une structure métallique - ont été installés une...[Lire la suite]

vz

Présentation |Diller Scofidio + Renfro, haute ligne et basse tension

«Les architectes de la High Line» ont érigé leur morceau de bravoure : un musée-mou. Biduloïde organique, «paramétrique», Zaha cubo-cubique. Ouf, Los Angeles l’a fait. Downtown peut...[Lire la suite]

vz

Actualité |MuCEM, le symbole de l'amateurisme d'Etat

La cour des comptes vient de publier ce 11 février 2015 son rapport public annuel dont l'un des chapitres porte sur le MuCEM. Le titre en est éloquent : 'Une gestation laborieuse, un avenir incertain'. La difficile gestion et la...[Lire la suite]