Vue plongeante sur la rue côté rue
«Un visiteur m’a dit un jour que ma réhabilitation était réussie ; quel compliment !» Ouverte depuis la rentrée scolaire 2010, l’école maternelle du Chat Perché de Breteuil (60), signée Gemaile Rechak, est pourtant une construction neuve. Recouverte de cuivre plié, elle s’inscrit sans ostentation dans un site protégé tout en affichant un bilan énergétique positif. Visite.
«Tout est question de plis», souligne l’architecte Gemaile Rechak à propos de l’Ecole du Chat Perchée, un premier projet livré en août 2010.
Invoquer l’un des penseurs de la déterritorialisation à propos d’une école de 530m² ? «En répondant au concours, j’avais la référence en tête mais c’est bien sûr le site, autant que le programme, qui sont source d’inspiration», sourit-il.
La parcelle étant en l’occurrence inscrite au périmètre de protection des Bâtiments, «l’avantage du pli est de permettre la continuité», se félicite l’architecte. De fait, la première esquisse fut la bonne. «Les plis et déplis de l’enveloppe confèrent un aspect contemporain au projet tout en mettant son contexte patrimonial en valeur», explique-t-il.
Certes, l’heure matinale de la visite explique peut-être cela mais, en passant devant l’établissement, il faut y regarder à deux fois pour le distinguer. Epousant l’alignement des conduits et faîtages des constructions mitoyennes, dont l’ancien porche réhabilité dans le cadre du projet, la façade aux reflets bruns prend en effet le pli de son environnement.
Le choix du matériau, un cuivre pré patiné, fut concomitant au dessin. «Ses tons bruns s’accordent avec la brique rouge du coin et la matière se prête au pli». Les raccords entre les feuilles cuivrées, mis en oeuvre par un artisan local, sont presque invisibles. «J’ai privilégié la technique du joint debout à celle du tasseau pour effacer les points de soudure», souligne Gemaile Rechak.
Les façades vitrées côté cour Vue depuis la cour, la matière change de tons et emprunte aux reflets d’un ciel brumeux. «Le cuivre est un matériau vivant, qui s’oxyde avec le temps et différemment selon les endroits. Ces variations animent le bâtiment et créent un contraste avec un environnement permanant». Gemaile Rechak a plaidé ses choix et est parvenu à convaincre un maître d’ouvrage (Ville de Breteuil) extrêmement soucieux de répondre aux cibles du label HPE (Haute Performance Energétique) 2005. «Même si le coût de production du matériau est élevé, 92% du cuivre est issu, en France, du recyclage et offre du coup un excellent bilan carbone», relève le maître d’oeuvre.
Autre argument décisif : l’entretien. «Un ravalement complet tous les 15 ans ou, vu que le cuivre vieilli bien, de simples reprises de peinture» ! CQFD.
Enfin, Gemaile Rechak a su ouvrir ce champ de recherche bien au-delà du seul cahier des charges initial. «J’ai proposé de tendre vers du BBC», dit-il. Le pli se prête aussi à la ventilation et l’ensoleillement naturels. «La question environnementale est avant tout une valeur d’usage», assure-t-il. In fine, coiffée de 140m² de panneaux photovoltaïques que d’aucuns découvrent depuis l’étage de l’établissement primaire adjacent, l’école du Chat Perché affiche même un bilan énergétique positif. «La consommation globale est de -0,1kW/m² SHON/an».
Pour autant, pas de boîte en vue. Si Gemaile Rechak parle d’un bâtiment «introverti» au nord, les façades sud de l’école, celles des salles de classe, sont entièrement vitrées. «Un triple vitrage obtenu sans dépassement de budget». De fait, les espaces intérieurs sont aussi lumineux que généreux.
Les salles de classes et les patios viennent se greffer le long d’une circulation prolongeant le hall d’entrée en équerre. Le bâtiment déplie ses ailes sur un niveau, en pente légère selon le dénivelé naturel du terrain.
«L’espace de circulation sert de transition avec la rue et d’espace protégé pour les enfants». Les touts petits sont au coeur des préoccupations et le large couloir est habité par les élèves. Trois «cabanes» composées de lattes en medium brun se retournant d’un mètre sous le faux-plafond abritent leurs casiers.
Hall dentrée Partout, recoins et décrochés font écho à la couverture froissée comme aux rabats du plan masse. «Il n’y a pas de contenant et de contenu dissociés, il y a un tout» ; le pli est tant affaire de troisième que de deuxième dimension.
La structure du bâtiment, en ossature bois, varie donc selon les salles de classe. «Toutes les fermes sont différentes, un véritable casse-tête». Gemaile Rechak appréhendait les résultats de l’appel d’offre entreprises tant l’absence d’éléments répétitifs n’est pas sans incidence sur le coût. Néanmoins, l’enveloppe budgétaire fut respectée. «J’évite les mauvaises surprises en approfondissant au maximum la phase étude», confie-t-il. Heureux est le pli, qui «absorbe les rares aléas du chantier», tel ce décroché inattendu.
Pour accentuer son parti-pris, l’architecte a enduit de rouge quelques pans des murs de l’espace de circulation. Dans les salles de classe, il a préféré des surfaces immaculées. «Le blanc permet de mettre en valeur les dessins des enfants», dit-il. Autre idée, le remplacement des canoniques pastilles apposées sur les surfaces vitrées par des bandes verticales colorées. «Ces bandes reprennent le joint debout tout en animant la vue offerte aux enfants», conclut l’architecte. Ici, le bonheur se cache dans les détails.
De Deleuze à la petite enfance, il n’y a qu’un pli.
Emmanuelle Borne
Fiche technique
Programme : école maternelle comprenant 4 classes de classe, une salle de motricité, un bureau de direction, des locaux annexes.
Architecte : Gemaile Rechak
Maître d’ouvrage : Ville de Breteuil (60)
Coût : 1.1M€ HT
Surface : 530m²
Procédure adaptée : février 2009
Livraison : août 2010
Performances énergétiques : bâtiment à énergie positive avec une consommation de -0.1kW/h/m² par an, Label Effinergie BBC en cours.
Système constructif : charpente et murs à ossature bois ; cloisons en Fermacell ; couverture et bardage en cuivre ; menuiseries extérieures bois à tripe vitrages 2 lames d’argon ; 140m² de panneaux photovoltaïques ; plancher chauffant dans les salles de classes ; ventilation double flux.
hurricane | arch | 26-11-2010 à 22:29:00
oui t a raison tout est dans le pli mon petit;j y reviendrais a plus mourad
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