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Visite | La vérité provisoire de Farid Azib (23-05-2018)

«Toute vérité est provisoire», affirme Farid Azib. Il dit emprunter la phrase à un philosophe contemporain. Il la fait toutefois sienne pour évoquer la «Ginguette Numérique», un projet qui, s’il devait être refait, serait toujours différent. Ce pourquoi il est, peut-être, habillé d’écrans changeants…

Commerces et hôtels | 75013 | Randja

Les dossiers de l’écran. Ce sont ceux que la Mairie de Paris accumule sûrement dans ses bureaux. Le combat contre la pollution lumineuse appelle à supprimer les publicités au néon et à plonger la ville lumière dans une triste pénombre… Le périphérique n’est plus ce boulevard lumineux mais cette autoroute banale, symbole aisé d’une France Moche.

Lutter contre la publicité et laisser, pendant ce temps, la tour Montparnasse clignoter en vert et rose façon Las Vegas…illustre pourtant un étrange écart.

Avenue de France, autre curiosité (plus harmonieuse cette fois-ci) : la Ginguette Numérique ! Un condensé de Times Square à deux pas de la Bibliothèque Nationale de France. Comment cette joyeuse animation numérique est-elle passée entre les mailles du filet ? Parce que la ville porte le projet, pardi ! Les écrans sont culturels et non publicitaires. Soit.

«C’est un bâtiment interrogatif», souligne son architecte, Farid Azib. Le fondateur de l’agence RANDJA a imaginé ce dispositif à partir d’une demande simple : «un bâtiment-enseigne».

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«Il s’agissait à l’origine de créer un écran sur lequel il serait possible, à partir de deux mats, de faire des projections», explique-t-il. C’était en 2010 et, depuis, la technologie a évolué.

L’imaginaire a, lui aussi, changé. «Etudiant, je parcourais la ZAC pour observer ce qu’il s’y passait. Je ne comprends toujours pas pourquoi il fallait, ici, couvrir le faisceau ferroviaire. Il est à l’instar des franges d’une ville, un lieu de création. Les villes se régénèrent le long des chemins de fer», dit-il.

Pour évoquer cette mémoire, plus qu'un écran de projection, l'architecte préfère des panneaux d’affichages à l'image de ceux présents dans les gares parisiennes. Puis, avec les années, l’écran numérique, démocratisé, s’est imposé de lui-même.

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«Nous avons voulu fragmenter l’ensemble en plusieurs entités afin de créer une contrainte à même d’être génératrice de créativité», indique Farid Azib pour mieux justifier une composition aléatoire de la façade. Depuis la livraison, bien des artistes se sont succédé et se sont illustrés. Jamais cette étrange Guinguette n'est parue la même ; d'une intervention à l'autre, toute vérité n'en est que plus provisoire. 

Point Ephémère, l’exploitant du lieu, souhaitait développer à cet endroit un espace d'expression mais aussi une adresse festive. Bar, restaurant et boîte de nuit, bref, un espace polyvalent sur 3 x 80 m².

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Qu’un tel endroit puisse être créé sur cette artère qui compte parmi les plus anonymes relève de la surprise ! Le temps long de l’opération révèle toutefois bien des difficultés et les nouveaux propriétaires d’appartements donnant sur la petite place ont très vite mobilisé une armée d’avocats…

De fait, il n’y a d’écran que sur une seule façade.
De fait, la terrasse n’est plus ouverte que sur un seul côté.
De fait, un dispositif de cloisons acoustiques permet d’enfermer le public et de le couper d’une ville qui dort…

Paris n’est pas une fête.

Farid Azib aura toutefois réussi à créer une animation sur cette froide artère tertiaire. Il réveille aussi le souvenir de ce projet perdu de Jean Nouvel qui voyait cet axe à la façon de Ginza avec de longues et étroites enseignes lumineuses, créant ainsi, par dessus une architecture qui serait évidemment codifiée par les standards tertiaires, un lieu unique.

La Ginguette Numérique montre, en tout cas, combien un écran n’est pas une menace pour une ville et qu’il rend parfois la nuit un peu plus belle.

Jean-Philippe Hugron

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