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Rencontre | L'art constructif de Cro&co (05-06-2019)

Autrefois, Crochon-Brullman. Aujourd’hui, Cro&co. L’agence demeure et reste un ovni dans la production architecturale française. Par son «style» d’abord si tant est qu’elle en revendique un. Ensuite, par ses savoir-faire en matière d’architecture tertiaire, de restructuration lourde et d’immeuble de grande hauteur. Une exposition intitulée «Sens dessous dessous» explore son approche à la Galerie d’Architecture, à Paris, jusqu’au 15 juin 2019.

France | Jean-Luc Crochon

Il y a chez Cro&co un petit air high tech. Ne le dite pas trop fort car Jean-Luc Crochon pourrait ne pas apprécier l’étiquette. Elle serait à ses yeux un peu ringarde, «old school», dit-il, sourire aux lèvres. Et pourtant si belle.

Jamais la France, contrairement au Royaume-Uni, n’a osé verser dans «l’économie de matière» telle qu’appelée de ses vœux par Norman Foster ou encore Richard Rogers. Seul François Deslaugiers s’y était risqué avec brio mais, sans doute, avec rareté.

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Cro&co apprécie pourtant cette efficacité ; en témoigne la transformation du CNIT ou encore son dernier projet, la tour Trinity, tous deux à La Défense. En chantier, le gratte-ciel de 167 mètres de haut expose sa structure, son noyau et même ses ascenseurs.

«La technique fait partie de l’architecture. Il est évident que nous ne cherchons pas à la cacher mais nous ne voulons pas non plus l’exacerber. Nous souhaitons simplement des bâtiments communicants et dynamiques», souligne Jean-Luc Crochon.

L’architecte voit dans cette «écriture» encore «unique à La Défense», le moyen de «casser les codes de la tour enfermée». De fait, il y a placé des ascenseurs panoramiques, certes, mais aussi des terrasses à profusion et deux belvédères au sommet. «Nous voulions créer un foisonnement de situations. En d’autres termes, il s’agissait de cultiver une sérendipité», affirme-t-il.

Il y a donc une intention généreuse. C’était sans compter une réponse adaptée au contexte. «Ce projet est avant tout l’histoire étrange d’une construction située au dessus des voies», prévient-il. Car, en effet, il s’agissait d’un site sans parcelle… ou presque.

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«Cette tour n’a été possible qu’en ayant été, dès l’origine, étudiée en association avec des ingénieurs structure», précise Jean-Luc Crochon. Ensemble, ils ont défini toutes les contraintes qui ont donné «l’orientation de cet objet».

L’obligation de maintenir le flux automobile n’a d’ailleurs pas été sans conséquence ; il a donc été, entre autres, impossible de creuser de long en large le sol, comme l’exige souvent la règle, pour créer les fondations nécessaires. Il a fallu, au contraire, procéder lentement, point par point, pour créer les micropieux d’une tour suspendue au dessus de la rue.

De fait, le noyau s’est trouvé excentré, visible de tous, et la hauteur contrainte. Cro&co est donc allé au maximum de ce qu’autorisait un tel dispositif structurel. «La forme résulte ensuite d’une appréciation des vues et des perspectives vers la Coupole ou encore vers Notre-Dame de Pentecôte. Elle a été sculptée et découpée pour éviter qu’elle ne donne l’impression d’un mur», explique l’architecte.

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«Ce projet est aussi la gestion d’un ouvrage de couverture. Il nous appartenait également de créer toutes les liaisons piétonnes pour rattacher la dalle de La Défense à Courbevoie», poursuit-il. Bref, de l’architecture avec une pointe d’urbanisme et paysage.

Avec ou sans l’exécution ?

Pour ces projets de grande ampleur commandés par des clients privés, l’agence Cro&co n’assure que très rarement la maîtrise d’oeuvre d’exécution, un exercice jugé trop «chronophage».

«Nous préférons nous concentrer sur le détail et nous gardons le contrôle architectural grâce au visa de plans. Nous signons chaque pièce, chaque couleur… mais nous ne coordonnons pas les corps d’état», prévient Nayla Mecattaf, architecte.

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De fait, les plans de la tour Trinity ont été «exécutés» par Artelia. «Nous voyons aussi dans cette manière de travailler la capacité de la maîtrise d’oeuvre d’exécution à faire tampon», souligne-t-elle. C’est aussi un moyen efficace pour Cro&co de ne pas être une agence à géométrie variable et d’avoir donc une équipe solide.

Aujourd’hui, à l’heure où s’achève son premier Immeuble de Grande Hauteur (IGH), Jean-Luc Crochon a créé une seconde entité, CroMe studio avec, justement, Nayla Mecattaf. «J’avais après 25 ans passés chez Renzo Piano en tant qu’associée envie de vivre ma propre vie. En créant CroMe nous voulons prospecter à l’international et nous élargir géographiquement», dit-elle.

En mire d’une stratégie européenne, l’Allemagne et la Suisse. L’expérience en matière d’IGH est trop rare pour ne pas la faire fructifier. Pour autant, l’agence propose également d’autres références en restructuration et construction neuve y compris pour des maîtrises d’ouvrage publiques mais cette fois-ci exécutées par Cro&co, cela va sans dire. Bref, de quoi réussir.

Jean-Philippe Hugron

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