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Exposition | Le mobilier d'architectes ? Plutôt commode ! (19-06-2019)

La Cité de l’Architecture et du Patrimoine présente jusqu’au 30 septembre 2019, à Paris, une exposition étonnante : ‘Mobilier d’architectes 1960-2020’. Outre la présentation de pièces remarquables, elle conduit le visiteur à redécouvrir l’institution de fond en comble. En investissant les salles d’expositions temporaires mais aussi les galeries de peintures et de moulages, l’événement montre enfin l’intérêt d’une judicieuse confrontation entre les époques.

Cité de l'Architecture et du Patrimoine | France

C’était un peu l’idéal d’origine… ce rêve d’une «cité» où l’architecture et le patrimoine seraient doucement mêlés. En fait, l’institution, dans ses querelles administratives, s’est trouvée amèrement cloisonnée.

L’exposition ‘Mobilier d’architectes’ en occupant la «cathédrale» située en sous-sol, mais aussi tous les espaces de la Cité, y compris sa belle bibliothèque, ravive le désir de voir davantage le passé se confronter au présent. Ou vice versa.

Qui plus est, les commissaires d’exposition ont pris le malin plaisir d’aller jusqu’à fondre certaines pièces de mobilier parmi les belles maquettes du premier étage créant, ici et là, de subtils échos.

Pour autant, l’événement détonne. Il aurait, peut-être, davantage eu sa place au Musée des Arts Décoratifs, mais sortir des sentiers battus est néanmoins un moyen plus qu'astucieux d’attirer, à Chaillot, un nouveau public pour, ensuite, tenter de le fidéliser.

«C’est aussi l’occasion de s’interroger sur les motivations qui poussent les architectes à concevoir des pièces de mobilier», indique Lionel Blaisse, commissaire principal de l’exposition.

«Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la quasi totalité des maîtres d’oeuvre français, mobilisée par l’urgence de la reconstruction, délaisse la conception de meubles. A contrario, leurs confrères italiens, alors quasiment privés de chantiers, prennent en main les destinées de l’industrie de l’ameublement», souligne-t-il.

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L’exposition dessine alors les contours de personnalités théoriques : «le passionné», «le designer occasionnel» ou encore «le chercheur».

Ceci étant dit, le mobilier conçu par la main d'un architecte vient avant tout parfaire un projet pour lui donner son unité.  «Les architectes dessinent généralement un meuble pour une opération spécifique. Les éditeurs interviennent bien plus tard dans la diffusion de ces produits», souligne Lionel Blaisse. C’est alors, à ses yeux, le «mobilier signature» celui qui signe aussi bien «un lieu», «une collection», qu’ «un univers». Sans doute, faut-il voir, entre les murs de la Cité mais aussi entre les lignes, un tremplin de choix pour railler la rareté des missions complètes accordant aux architectes la conception de meubles parfaitement adaptés.

Le mobilier est aussi source de plaisirs plastiques et l’exposition présente, pour ce faire, le travail de Zaha Hadid en ses heures où les projets architecturaux venaient à se faire rares ; l’expérimentation formelle devenait, pour elle, possible à travers le «dessin», mais aussi à travers le «design».

Si l’aspect sculptural de certaines propositions est évident, d’autres meubles adoptent l’apparence de maquette. Ainsi cette étagère Veliero (1940/2011) de Franco Albini revue et corrigée par Renzo Piano ou encore une table surprenante de Philippe Chaix et Jean-Paul Morel. «Le mobilier est un support de recherches sur les matériaux, les structures, la lumière, les postures ou encore le digital», rappelle Lionel Blaisse. 

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Les matières sont donc l’opportunité d’expérimentations et de «conquêtes» aussi «obsessionnelles» qu’ «amoureuses» : le liège, le bois compressé, l’eternit, le raphia ou encore l’albatre se prêtent aisément à la création de sièges et de tables.

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Enfin, il est une thématique présente mais, curieusement, jamais explicitement désignée : l’humour. Bien des objets relèvent du détournement ou de la dérision. Délicieusement ironiques, ils montrent cette matière, la drôlerie, qu’une profession peine à utiliser à l'échelle 1 au risque de paraître incomprise sinon ridicule.

Quoi qu’il en soit, à travers 250 pièces, 120 architectes et 80 éditeurs représentés sur deux kilomètres de parcours, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine livre à ses visiteurs une exposition aussi précieuse qu’érudite qui fera, sans aucun doute, date pour l'ensemble de ses visiteurs familiers ou non.

Jean-Philippe Hugron

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