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Portrait | Fabrice Dusapin, homme parallèle (19-06-2019)

C’est un livre, trouvé par hasard, qui a dicté l’opportunité d’une rencontre. Cette publication : Le Cabinet des arts derniers. En dessous, en lettre brillante, un nom : Fabrice Dusapin. L’architecte ? L’architecte ! A la fois peintre et sculpteur.
«Ce sont d’autres métiers», reconnaît-il. Depuis dix ans, il mène une carrière en solitaire où, par de là le bâti, s’imposent les œuvres.

France

Le livre a déjà dix ans d’âge. «Je l’ai fait pour montrer tout ce que j’avais gardé caché y compris auprès de mes amis. C’était aussi pour que ce travail ne finisse pas dans un garage ou un grenier. C’était une manière comme une autre de laisser une trace», explique Fabrice Dusapin.

Depuis, les sculptures sont en vitrine de l’agence. Personne ne peut, rue Goscinny, dans le XIIIe arrondissement de la capitale, manquer leur curieuse présence. Véritables totems, ils attirent le regard comme un paratonnerre, la foudre.

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«C’est ma façon de faire vivre une fibre artistique présumée et de franchir l’étape de l’architecte-artiste», affirme-t-il. Voilà de quoi étonner au sein d’une profession qui n’a de cesse de rejeter ce beau statut.

«J’y vois un fil conducteur qui poursuit mon âme depuis tout petit, qui me parasite, me disperse et me perd», soutient-il. Enfant, Fabrice Dusapin avait déjà, en effet, un goût prononcé pour l’aquarelle. Avec la maturité, le pinceau s’est plu à tracer les contours d’une «nouvelle figuration». Les œuvres s’inspirent de Blais, Combas et Garouste.
«Je ne suis pas spécialiste en matière de peinture contemporaine et je préfère, de loin, réagir à l’émotion», précise-t-il comme pour se dédouaner de toute prétention.

Fabrice Dusapin s’est donc discrètement fait, à l’ombre de sa profession d’architecte, artiste. «L’année où je débutais la construction de mon premier immeuble avec François Leclercq était aussi celle d’une exposition à Beaubourg – les Machines Sentimentales – où je présentais les ‘Microtitans’», se souvient-il. L’époque était au succès puisque, au-delà de la reconnaissance du Centre Pompidou, s’ajoutait le Prix de la Première Oeuvre pour ce bâtiment, rue de Bellièvre, dans le XIIIe arrondissement.

A Bougival, dans les Yvelines, Fabrice Dusapin dessine à la même époque, pour son père, une péniche «façon villa Malaparte». Le jardin qui jouxte le navire architecturé est partiellement inondable. Il est alors le lieu indiqué pour se prêter à de nouveaux exercices plastiques.

«Mon père y avait un véritable atelier de sculptures avec des outils adéquats. C’était, soit dit en passant, presque de la ferronnerie. J’y passais mes fins de semaine et je l’aidais à réaliser ses sculptures puis, de mon côté, j’ai commencé à assembler mes propres créations à partir des chutes qu’il n’utilisait pas. Je m’initiais de la sorte à la soudure. J’ai alors créé des ‘marcheurs’ et des ‘croisés’», raconte-t-il avant de rejoindre subitement une étagère de l’agence et d’y descendre les silhouettes filiformes d’hommes qui marchent.

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«Je me suis ensuite mis à la campagne. J’y ai fait de la sculpture mais de façon moins lourde que la soudure. C’était à la fois plus simple et moins bruyant», reconnaît-il.

Fabrice Dusapin, pour son art, «récupère». Il arpente les brocantes et les marchés aux puces. Il collecte mais aussi classe. «Je suis un collectionneur de collections», prévient-il, sourire aux lèvres. Une fois trié, chaque élément attend une seconde vie. Assemblés, ils formeront, tôt ou tard, une surprenante sculpture.

Toutes partagent d’ailleurs une singulière parenté. Toutes semblent anthropomorphiques. «Ce sont des robots», explique l’architecte qui révèle alors deux autres «marottes» : les «battery toys» et les «space toys».

Compte instagram à l’appui, Fabrice Dusapin présente sa collection... de robots : Mr Atomic est sans doute le plus «culte». Rolf Fehlbaum, président de Vitra, ne contrarierait pas cet avis. Lui aussi est passionné par la question tant et si bien qu’Isabelle de Ponfilly, Directrice Générale de Vitra France, a invité Fabrice Dusapin à exposer ses œuvres, à Paris, les 5, 6 et 7 décembre 2019.

«Je suis toujours à la recherche de passerelles mais j’ai l’impression que je suis schizophrène. Je ne ressens d’ailleurs pas toujours le besoin de faire ce lien et je me plais à vivre dans deux mondes parallèles», soutien-t-il.

Difficile toutefois de ne pas deviner chez l’homme quelques motivations artistiques dans ses choix architecturaux. En témoigne un «bas relief». Cette maquette, particulièrement abstraite, expose au regard une composition graphique. «Ce sont des tympans», assure Fabrice Dusapin. Rouge vif, ils habillent aujourd’hui, avec superbe, une façade de bureaux à Lille.

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«Le milieu de l’art est confiné, pire, sans doute, que le monde de l’architecture. Il faut un réseau, des connexions… ne faire que ça. Ma fonction, c’est l’architecture et non l’art», reconnaît-il.

Associé pendant plus de vingt ans à François Leclercq, Fabrice Dusapin a vu son travail reconnu. Il y a dix ans, une envie nouvelle s’est toutefois faite sentir : être en solo.

«Après dix années passées seul, je constate que les temps ont changé ; les pratiques sont désormais jugées sur l’évaluation d’un chiffre d’affaires et les compétences financières priment sur les savoir-faire techniques», regrette-t-il.

Autrefois, il en allait autrement. «Nous avions gagné PAN et les Albums. Nous profitions surtout de la critique faite à l’égard des architectes des trente glorieuses. Nous avons saisi une opportunité incroyable face à l’échec de la pensée urbaine, c’était un mal pour un bien», explique-t-il.

«Nous avons alors réussi, François et moi, à nous faire remarquer en réfléchissant de manière simple à l’organisation urbaine. C’était une question de bon sens. Nous sommes arrivés logiquement à un apaisement qu’une recherche systématique d’harmonie nous permettait», assure-t-il. Une autre époque.

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Sur son bureau, un long plan est déroulé. «Ce sont les ‘cabanes’ que j’ai imaginées pour habiter le toit d’un immeuble de logements, avenue de France, face à la Bibliothèque François Mitterrand», indique-t-il. L’ensemble a été livré il y a peu de temps. Il est, depuis, observé avec attention pour cette originalité.

Fort de ses réalisations, Fabrice Dusapin participe désormais à l’aménagement des gares du Grand Paris. Pour l’une d’entre elles, il s’applique à superposer à une station de métro un immeuble de bureaux. La situation est épineuse mais elle n’inquiète pas pour autant l’architecte qui semble bercé par ce petit air de jazz qui anime l’agence. De l’apaisement, encore et toujours.

Derrière lui, quelques boîtes parfaitement annotées. Tout ici est également classé et ordonné. L’une porte l’inscription «gratte-ciel» et laisse à penser que l’agence se prête à l’exercice de la grande hauteur.

«C’est une partie de ma collection de cartes postales des années 1900 à 1950… car je collectionne aussi les cartes postales mais les cartes de gratte-ciel américains», s’amuse-t-il.  Les toutes premières ont été acquises aux puces de Montreuil. Depuis, des dizaines… des centaines d’autres cartes ont rejoint les classeurs.

«J’ai tout d’abord été intrigué car toutes les cartes américaines que je trouvais étaient ‘made in Germany’. J’ai très vite compris que les éditeurs utilisaient pour colorer leurs images un procédé allemand de chromolithographie. Les teintes étaient alors grossièrement appliquées et l’ajustement n’était jamais précis. C’est ce côté pictural, à la Andy Warhol, qui a son charme. En tant qu’architecte, c’est aussi l’occupation de l’espace de la carte qui m’intéresse. Le gratte-ciel occupe tout le cadre. Pas de sol, peu de ciel», souligne-t-il.

En architecture, il en va autrement : plus de sol et beaucoup de ciel. Pour s’en convaincre, Fabrice Dusapin présente l’une de ses dernières réalisations, un élégant immeuble de logements à Clichy. Il y révèle subtilement le fantôme d’une situation d’origine et restitue une venelle typique du quartier.

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Cette attention révèle une intention  : «comment se placer dans une réflexion sur la ville sans objet d’architecture ?». Avec de la discrétion, certes, mais aussi de «l’harmonie». Bref, un credo qui poursuit année après année, un architecte mais aussi un artiste voire un «architecte-artiste».

Jean-Philippe Hugron

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